samedi 11 janvier 2020

Comment meurt-on à l'opéra - Lucia di Lammermoor


Dans l’Ecosse du XVIe siècle, les haines qui consument les clans Ashton et Ravenswood ont pour première victime l’amour passionné d’Edgardo et de Lucia, frère du sinistre Enrico Ashton. Mais rien n’aura raison de leur engagement, jurent Edgardo et Lucia, qui échangent serments et alliance. Enrico parvient toutefois à convaincre Lucia de la trahison de son amant en brandissant de fausses preuves, dans le seul but qu’elle épouse l’homme qu’il lui a choisi, Arturo Bucklaw. Convaincue de la déloyauté de son amant, Lucia s’exécute et signe le contrat. Edgardo est mis devant le fait accompli, et sans comprendre, se défend de toute infidélité, accusant sa maitresse d’avoir bafoué leurs promesses. Lucia épouse Arturo, mais sa raison chavire : au cours de ses noces, elle poignarde sauvagement cet époux qu’elle déteste, et sombrant dans la folie, revit son bonheur passé avant de tomber morte. Edgardo se percera de sa dague et la suivra de peu, ayant appris les dessous de la machination et ses conséquences fatales.
                                                                                   

Il plane un climat languide et mystérieux sur Lucia di Lammermoor, chef-d’œuvre tragique de Gaetano Donizetti et archétype de l’opéra romantique. Dans les brumes moyenâgeuses d’Ecosse, s’élève, pur et désintéressé, l’amour de Lucia et d’Edgardo – un amour à la Roméo et Juliette, trop beau pour être vécu, trop dangereux pour ceux qui l’entourent. D’amoureuse éperdue, Lucia va devenir victime trahie et cygne blessé, puis, dépouillée de sa seule raison d’être, basculer dans une véritable folie meurtrière – moment crucial du drame que les sopranos coloratures redoutent, quand le public, lui, l’attend fébrilement. La « folie de Lucia » est une scène de haute voltige, où la voix, d’abord douce et moelleuse, semble gravir le ciel en d’éblouissantes vocalises, traductions des moindres hallucinations de l’héroïne. Cette scène couronne un chef-d’œuvre délicat entre tous, noces de sang coulées dans un bel canto stratosphérique.
Ici une interprétation de Nathalie Dessay de haute volée.


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