mardi 16 octobre 2018

Parisian psycho II


Le garçon habitait un petit studio au 7ème étage d’un vieil immeuble de la rue Pavée. Sans ascenseur. Christian qui montait derrière lui remarqua la largeur de ses épaules sous le sweat, l’étroitesse de ses hanches et la longueur de ses jambes sous le jean délavé et ses Nike immaculées. Un frisson lui parcourut le dos. Le désir et la légère angoisse d’un plaisir inconnu et transgressif. La pensée de ne pas bander lui traversa l’esprit. Arrivé sur le palier, le garçon releva un peu son sweat et décrocha d’un passant de ceinture un petit mousqueton où pendaient 3 ou 4 clés. Il ouvrit la porte et invita Christian à le suivre. A peine entrés il le plaqua contre la porte, prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Christian apprécia le contact des lèvres mais eut un mouvement de recul quand il sentit la langue du garçon s’insinuer dans la sienne. Il eut le sentiment d’avoir un morceau de barbaque humide, molle et tiédasse dans la bouche. Il le repoussa un peu brutalement. Le garçon sourit et se rapprocha du lit ! Il enleva son sweat et le tee-shirt qu’il portait dessous. La vue de ce corps blanc et imberbe et des deux tétons brun foncé électrisa Christian. Le garçon fit valser ses Nike à l’autre bout de la pièce et fit tomber son jean et son caleçon. Il était nu à l’exception de ses chaussettes blanches. Il avait le pubis rasé. Christian fut surpris de la taille de son sexe plus grand que le sien. Il n’imaginait pas qu’un garçon aussi fin, presque féminin, put avoir un outil de cette taille. Mais il allait remettre les choses à leur place et lui montrer qui était le mec ! Il enleva sa veste, sa cravate et sa chemise et les jeta en vrac sur le sol ce qui n’était pas vraiment sa manière d’agir. Il défit sa ceinture et son pantalon sur les chevilles il s’approcha du garçon et le poussa sur le lit où il le suivit. Il lui écarta les jambes et les mit sur ses épaules et voulut immédiatement le pénétrer. Mais trop maladroitement. Il n’y arrivait pas. Il n’avait jamais osé un tel geste avec sa femme. Le garçon dut le guider. Quand il eut trouvé son chemin, il le pénétra d’un seul coup, sans ménagement. Le garçon étouffa un petit cri et fit une grimace de douleur. ‘’Doucement’’ dit-il. Y a des capotes et du gel sur la table de nuit’’. Christian s’aperçut que cela l’excitait encore plus. Il accéléra la cadence et la violence de ses coups de reins. Une larme de douleur roula sur la joue du garçon. Et cette vision amena Christian à l’orgasme. Un orgasme brutal comme il n’en avait jamais connu. Il s’effondra à bout de souffle sur le corps du garçon qui voulut l’enserrer dans ses bras. Mais une fois de plus Christian le repoussa et roula sur le côté. Il ne voulait surtout pas de tendresse. Le garçon se redressa sur un coude Et lui dit en souriant :’’ Eh ben dis donc t’es rien pressé toi ! Mais tu sais, un vrai plaisir faut qu’il soit partagé. Tu vas voir. Attends un moment. Tu veux un café ?’’ Il se leva et retira les chaussures et le pantalon de Christian. Celui-ci n’éprouva aucune gêne à être nu. Il lui suffisait que les rôles aient été distribués.

Le café bu, le garçon revint se coucher et ses mains caressèrent le corps de Christian. Il fut surpris d’apprécier les caresses de ces mains grandes, aux doigts longs et fins, aux phalanges marquées et aux ongles larges et soignés. Au bout d’un moment le garçon lui demanda de se retourner pour lui masser le dos. Mais rapidement ses caresses se concentrèrent sur le bas de son dos et ses fesses. Il eut un mouvement de contraction. ‘’Chuttt’’ dit le garçon. Christian sentit un liquide froid glisser entre ses fesses. Les caresses se firent plus précises. ‘’Non’’ fit Christian, mais sans bouger. Il ressentait un plaisir nouveau. Le garçon s’allongea sur son dos, fit passer ses avant-bras sous les aisselles de Christian et le tint aux épaules. Sa bouche était contre son oreille. ‘’Ne crains rien. Laisse-toi faire. Je ne te ferai pas mal’’. Christian sentit le sexe du garçon glisser plusieurs fois entre ses fesses avant de le pénétrer doucement. La douleur le fit se contracter. Le garçon s’arrêta immédiatement. Il resta un long moment sans bouger. Puis il reprit doucement ses mouvements. La douleur disparut peu à peu avant de laisser place à un plaisir totalement inconnu de Christian. Il s’ abandonna totalement. Au bout d’un moment (combien de temps ?) les mouvements du garçon s’accélérèrent et il fit entendre de sourds grognements jusqu’au cri final accompagné de trois, quatre spasmes dans les reins de Christian. Il avait joui. Mais le plus extraordinaire pour Christian c’est qu’il avait joui lui aussi. Comme ça sans qu’on le touche, sans qu’il se touche. Il ne pensait pas que ce soit possible. Le garçon allongé sur son dos lui dit ‘’ Merci, c’était bon. Mais je vois que toi aussi tu as pris ton pied. C’est bien’’ Et il l’embrassa dans le cou. Encore une fois Christian refusa cet instant de tendresse. ‘’Je peux prendre une douche ‘’demanda-t-il ? Il passa dans la salle de bains. Se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo. Et ce qu’il vit lui fit peur.
Appuyé sur la tablette du lavabo, Christian eut du mal à se reconnaître. Les cheveux en bataille avaient eu raison du gel du matin. Les sourcils froncés creusaient une ride profonde au milieu du front. Les yeux bleus étaient devenus presque noirs. Les paupières luisantes et les larges cernes bruns semblaient creuser les orbites d’où jaillissait un regard fiévreux. Les lèvres étaient pincées en une forme de rictus et les dents serrées faisaient jaillir les maxillaires de la mâchoire. Les tendons semblaient ressortir du cou tendu en avant. Sur la peau grisâtre des joues apparaissaient les contours d'une barbe pourtant rasée de frais le matin même.
C’est alors qu’il se rendit compte qu’il avait la migraine. Une migraine qui lui tenaillait le front et lui cognait les tempes à chaque battement de cœur. Depuis quand avait-il mal ? Probablement depuis qu’il était descendu du métro. Cette migraine était accompagnée d’une nausée qui lui tordait l’estomac et qu’il savait ne pas pouvoir éliminer. Elle était nourrie de sentiments qu’il ignorait jusque-là. Le mépris. La honte. La souillure. L’avilissement. Le mépris de ces garçons pour qui la satisfaction de leur vice sexuel devait être facile et immédiate et qui se foutaient des conséquences pour les autres. La honte de lui-même d’avoir désiré le cul d’un homme et d’y avoir cédé. Les mots qu’il entendait en famille ou parmi ses amis lui traversaient l’esprit : pédéraste, inverti, sodomite, tante, jaquette… Il en avait rejoint les rangs. Et tout ça à cause de ce petit mec… Il se sentait souillé d’avoir été possédé par lui, de n’avoir rien dit, d’avoir de lui-même écarté ses jambes. Mais plus que tout il se sentait avili d’y avoir trouvé du plaisir. Cela il ne le lui pardonnerait jamais, pas plus qu’à lui-même. Comment en était-il arrivé là ? Et en à peine plus d’une heure.
Il fallait qu’il prenne une douche brulante pour se laver. Il enleva sa montre et la posa sur le lavabo. Il vit la gravure au dos du boitier. ‘’De Françoise à Christian pour 5 ans de bonheur’’ et la date de leur mariage. Il eut un haut-le-cœur ! Cinq ans de bonheur cette vie fade et tiède ? Ces journées, ces mois, ces années répétitives, toujours identiques ? Ces nuits sans passion ? Ce sexe sans surprises, presque sans désir. Il se rendit brusquement compte qu’il ne supporterait plus cette vie ; et elle pas davantage. Il se pencha sur le lavabo et vomit toute sa bile.
Dix minutes plus tard il revint dans la chambre les cheveux et le corps encore humides. Le garçon était toujours allongé sur le lit les bras croisés au-dessus de la tête, la jambe gauche repliée sous la droite le sexe reposant sur la cuisse. Il souriait. ‘’Tu es très beau. On remets çà ? J’ai envie de toi chéri.’’ Le mot le gifla. Il eut une imperceptible crispation. Il s’avança, monta sur le lit et s’assit à califourchon sur le bassin du garçon et se pencha comme pour l’embrasser. Le sourire du garçon s’élargit. Ce fut la dernière fois que Christian vit son visage. Brusquement Christian saisit l’oreiller et le plaqua sur sa tête. Au bout de 3 secondes le garçon lui tapota le bras comme pour dire’’ Bon ça suffit comme ça.’’ Christian augmenta la pression. Il entendit les cris étouffés par l’oreiller. La panique le gagnait. Il mit ses bras sur les épaules de Christian pour essayer de le repousser. Mais il ne faisait pas le poids. Il se mit à gigoter dans tous les sens. D’un mouvement du bras il renversa la table de nuit et la lampe de chevet. Entre les jambes de Christian son corps se cabrait comme un cheval pour désarçonner son cavalier. En se cambrant le bassin du garçon venait cogner l’entre jambe de celui qui était en train de le tuer. Et plus le garçon se débattait plus Christian bandait. Combien de temps cela dura-t-il ? Une éternité ! 25 secondes, peut-être 30. Puis tout s’arrêta. Les mouvements cessèrent. Christian fut alors pris de tremblements. L’orgasme lui déchira le bas-ventre et les reins. Il jouit longuement sur le ventre blanc, imberbe et sans vie du garçon. Il se releva, ramassa une serviette de toilette au pied du lit et s’essuya. Il s’aperçut tout de suite du changement opéré en lui. Sa migraine avait disparu et il avait le sentiment d’avoir retrouvé la maîtrise de son corps et de ses esprits. Il devait maintenant quitter rapidement les lieux.
Rhabillé, il se dirigea vers la porte d’entrée. Il se retourna une dernière fois. Il vit le garçon le coussin toujours sur sa tête, étendu les bras et les jambes en croix, le ventre souillé de son sperme. Il ouvrit la porte, sortit et la referma doucement derrière lui. Au même moment la porte d’en face sur le palier s’entrouvrit. Une vieille dame aux cheveux blancs passa la tête :’’J’ai entendu du bruit chez monsieur Kevin. Tout va bien ?’’ Christian descendit rapidement les escaliers. Il se retrouva rue Pavée qu’il suivit jusqu’à la rue Saint Antoine et la station de métro Saint Paul le Marais. Tout avait commencé là et tout finissait là. Il monta dans la troisième voiture de la rame et s’assit à sa place habituelle à droite sur le strapontin. Il s’aperçut qu’il avait oublié dans le studio son Libé et Les Echos. C’est à ce moment-là qu’il se rendit compte, avec un frisson glacé dans le dos, qu’il avait également laissé sa montre avec sa dédicace, sur la tablette du lavabo.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire