vendredi 5 août 2016

Des génériques comme on n'en fait plus - Sacha Guitry - La poison

Sacha Guitry, avec son phrasé unique, son élégance, son esprit, son ironie, sa dévotion pour la langue française et les mots, son amour des comédiens, sa gentillesse, son exquise politesse, avec un brin d'emphase peut-être, mais c'est lui le Maître inimitable, irremplaçable...


jeudi 4 août 2016

Puzzle Roi joyeux aime les photos de George Platt Lynes

Mon film de la semaine - Tables séparées - Delbert Mann - 1958

Je gardais de ce film, un souvenir doux, mélancolique, un peu triste. Je l'ai revu ces jours-ci et il tient le coup, son charme s'est à peine évaporé.
Cela tient à son histoire, qui comme dans notre théâtre classique respecte la règle des trois unités de lieu, de temps et d'action., ce qui renforce le drame.
Dans une station balnéaire du sud de l'Angleterre, quelques pensionnaires ont élu résidence dans une pension de famille qui l'espace d'une journée va devenir un huis-clos étouffant de non-dits et de frustrations.
En effet ce film sent son théâtre à plein nez. Son auteur, Terence Rattigan, a été considéré comme un des auteurs dramatiques britannique le plus important du XXème siécle et a été un temps le scénariste le mieux payé d'Hollywood. Burt Lancaster, qui avait racheté les droits de la piéce lui a d'ailleurs demandé d'écrire le scénario.
Au départ le film devait être réalisé par Laurence Olivier, Burt Lancaster jouant le rôle du major anglais et Vivien Leigh celui de la vieille fille frustrée. A la suite de brouilles multiples les cartes sont redistribuées. Delbert Mann réalisera et les rôles principaux seront tenus par un carré d'as somptueux David Niven, Deborah Kerr, Burt Lancaster et Rita Hayworth.
David Niven gagnera un oscar, impeccable en vieux major retraité, probablement puceau, dont les mensonges et la révélation des attouchements sexuels pitoyables dans les cinémas vont faire voler en éclats une assurance un peu vaine.
Au grand dam de Sybil, une jeune fille timide, vierge absolument vierge, frustrée et dominée par une mère castratrice, désespérément amoureuse du major et détruite par la révélation du scandale.
En face d'eux, le couple Burt Lancaster - Rita Hayworth.
Burt Lancaster, écrivain à la dérive, s'est réfugié dans cette maison de famille pour oublier ses souvenirs dans l'alcool et au près de la maîtresse de maison, mais son passé va resurgir avec l'apparition son ex femme, qui effrayée par la solitude, la fuite du temps, l'approche de la vieillesse, vient tenter de retrouver l'amour de son mari. Sublime Rita Hayworth. Courageuse et terrible mise en abîme pour celle qui voit venir le déclin de sa carrière et les premières attaques de la maladie d'Alzheimer.
Le film se termine par une très belle scène au petit déjeuner dans la salle à manger où chacun à sa table séparée et où peu à peu les tabous tombent, les mots impossibles à évoquer se libèrent. Tout a peut-être une chance de prendre un cours normal. Et Rita Hayworth repartira seule vers son destin londonien...
Si vous avez l'occasion de voir ou revoir ce film n'hésitez pas une seconde...

lundi 1 août 2016

Marguerite Yourcenar - Les mémoires d'Hadrien

Honte à moi, je n'avais pas encore lu ce livre. J'avais essayé il y a bien longtemps, j'en avais gardé le souvenir d'un profond ennui. Mais il en va peut-être des livres comme des grandes rencontres humaines, il faut se trouver au bon endroit au bon moment.
Peut-être a-t-il fallu que j'atteigne l'âge d'Hadrien pour entrer dans ce roman, car c'en est bien un, cette longue lettre-testament adressée par l'empereur vieillissant à son petit-fils adoptif et futur successeur Marc Aurèle.
Mais quel plaisir d'entre dans l'intimité du célèbre César ; son enfance, sa carrière auprès de Trajan, son avènement à la magistrature suprême, ses réformes, ses voyages, son approche de la mort, son amour pour Antinoüs.
Le second plaisir a été la découverte de Marguerite Yourcenar. Pour moi illustre et inconnue. Son style froid, méthodique, sans emphase donne néanmoins chair et chaleur au personnage d'Hadrien et rend vivant et crédible ce monde du 2ème siècle. Marguerite Yourcenar a dit que c'était une phrase de Flaubert qui lui avait donné envie d'écrire ce livre : ''Les dieux n'étant plus et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où seul l'homme a été''.
Avec ce livre écrit à la première personne, Marguerite Yourcenar se glisse avec une incroyable vérité dans l'esprit et le cœur d'Hadrien. Et sans aucun doute c'est lui qu'on entend se dévoiler sans fards, sans retenue, sans volonté de plaidoyer pro domo pour l'histoire. Un homme qui a régné pendant 20 ans sur l'empire romain, qui voyant sa mort prochaine se livre tel qu'il est... un homme.
C'est un livre à conserver près de soi pour pouvoir en relire quelques pages de temps en temps.