mardi 2 juin 2015

St Paul - Le marais - Parisian Psycho épisode 2



Le garçon habitait un petit studio au 7ème étage d’un vieil immeuble de la rue Pavée. Sans ascenseur. Christian qui montait derrière lui remarqua la largeur de ses épaules sous le sweat, l’étroitesse de ses hanches et la longueur de ses jambes sous le jean délavé et ses Nike immaculées. Un frisson lui parcourut le dos. Le désir et la légère angoisse d’un plaisir inconnu et transgressif. La pensée de ne pas bander lui traversa l’esprit. Arrivé sur le palier, le garçon releva un peu son sweat et décrocha d’un passant de ceinture un petit mousqueton où pendaient 3 ou 4 clés. Il ouvrit la porte et invita Christian à le suivre. A peine entrés il le plaqua contre la porte, prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Christian apprécia le contact des lèvres mais eut un mouvement de recul quand il sentit la langue du garçon s’insinuer dans la sienne. Il eut le sentiment d’avoir un morceau de barbaque humide, molle et tiédasse dans la bouche. Il le repoussa un peu brutalement. Le garçon sourit et se rapprocha du lit ! Il enleva son sweat et le tee-shirt qu’il portait dessous. La vue de ce corps blanc et imberbe et des deux tétons brun foncé électrisa Christian. Le garçon fit valser ses Nike à l’autre bout de la pièce et fit tomber son jean et son caleçon. Il était nu à l’exception de ses chaussettes blanches. Il avait le pubis rasé. Christian fut surpris de la taille de son sexe plus grand que le sien. Il n’imaginait pas qu’un garçon aussi fin, presque féminin, put avoir un outil de cette taille. Mais il allait remettre les choses à leur place et lui montrer qui était le mec ! Il enleva sa veste, sa cravate et sa chemise et les jeta en vrac sur le sol ce qui n’était pas vraiment sa manière d’agir. Il défit sa ceinture et son pantalon sur les chevilles il s’approcha du garçon et le poussa sur le lit où il le suivit. Il lui écarta les jambes et les mit sur ses épaules et voulut immédiatement le pénétrer. Mais trop maladroitement. Il n’y arrivait pas. Il n’avait jamais osé un tel geste avec sa femme. Le garçon dut le guider. Quand il eut trouvé son chemin, il le pénétra d’un seul coup, sans ménagement. Le garçon étouffa un petit cri et fit une grimace de douleur. ‘’Doucement’’ dit-il. Y a des capotes et du gel sur la table de nuit’’. Christian s’aperçut que cela l’excitait encore plus. Il accéléra la cadence et la violence de ses coups de reins. Une larme de douleur roula sur la joue du garçon. Et cette vision amena Christian à l’orgasme. Un orgasme brutal comme il n’en avait jamais connu. Il s’effondra à bout de souffle sur le corps du garçon qui voulut l’enserrer dans ses bras. Mais une fois de plus Christian le repoussa et roula sur le côté. Il ne voulait surtout pas de tendresse. Le garçon se redressa sur un coude Et lui dit en souriant :’’ Eh ben dis donc t’es rien pressé toi ! Mais tu sais, un vrai plaisir faut qu’il soit partagé. Tu vas voir. Attends un moment. Tu veux un café ?’’ Il se leva et retira les chaussures et le pantalon de Christian. Celui-ci n’éprouva aucune gêne à être nu. Il lui suffisait que les rôles aient été distribués.

Le café bu, le garçon revint se coucher et ses mains caressèrent le corps de Christian. Il fut surpris d’apprécier les caresses de ces mains grandes, aux doigts longs et fins, aux phalanges marquées et aux ongles larges et soignés. Au bout d’un moment le garçon lui demanda de se retourner pour lui masser le dos. Mais rapidement ses caresses se concentrèrent sur le bas de son dos et ses fesses. Il eut un mouvement de contraction. ‘’Chuttt’’ dit le garçon. Christian sentit un liquide froid glisser entre ses fesses. Les caresses se firent plus précises. ‘’Non’’ fit Christian, mais sans bouger. Il ressentait un plaisir nouveau. Le garçon s’allongea sur son dos, fit passer ses avant-bras sous les aisselles de Christian et le tint aux épaules. Sa bouche était contre son oreille. ‘’Ne crains rien. Laisse-toi faire. Je ne te ferai pas mal’’. Christian sentit le sexe du garçon glisser plusieurs fois entre ses fesses avant de le pénétrer doucement. La douleur le fit se contracter. Le garçon s’arrêta immédiatement. Il resta un long moment sans bouger. Puis il reprit doucement ses mouvements. La douleur disparut peu à peu avant de laisser place à un plaisir totalement inconnu de Christian. Il s’ abandonna totalement. Au bout d’un moment (combien de temps ?) les mouvements du garçon s’accélérèrent et il fit entendre de sourds grognements jusqu’au cri final accompagné de trois, quatre spasmes dans les reins de Christian. Il avait joui. Mais le plus extraordinaire pour Christian c’est qu’il avait joui lui aussi. Comme ça sans qu’on le touche, sans qu’il se touche. Il ne pensait pas que ce soit possible. Le garçon allongé sur son dos lui dit ‘’ Merci, c’était bon. Mais je vois que toi aussi tu as pris ton pied. C’est bien’’ Et il l’embrassa dans le cou. Encore une fois Christian refusa cet instant de tendresse. ‘’Je peux prendre une douche ‘’demanda-t-il ? Il passa dans la salle de bains. Se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo. Et ce qu’il vit lui fit peur.
Appuyé sur la tablette du lavabo, Christian eut du mal à se reconnaître. Les cheveux en bataille avaient eu raison du gel du matin. Les sourcils froncés creusaient une ride profonde au milieu du front. Les yeux bleus étaient devenus presque noirs. Les paupières luisantes et les larges cernes bruns semblaient creuser les orbites d’où jaillissait un regard fiévreux. Les lèvres étaient pincées en une forme de rictus et les dents serrées faisaient jaillir les maxillaires de la mâchoire. Les tendons semblaient ressortir du cou tendu en avant. Sur la peau grisâtre des joues apparaissaient les contours d'une barbe pourtant rasée de frais le matin même.
C’est alors qu’il se rendit compte qu’il avait la migraine. Une migraine qui lui tenaillait le front et lui cognait les tempes à chaque battement de cœur. Depuis quand avait-il mal ? Probablement depuis qu’il était descendu du métro. Cette migraine était accompagnée d’une nausée qui lui tordait l’estomac et qu’il savait ne pas pouvoir éliminer. Elle était nourrie de sentiments qu’il ignorait jusque-là. Le mépris. La honte. La souillure. L’avilissement. Le mépris de ces garçons pour qui la satisfaction de leur vice sexuel devait être facile et immédiate et qui se foutaient des conséquences pour les autres. La honte de lui-même d’avoir désiré le cul d’un homme et d’y avoir cédé. Les mots qu’il entendait en famille ou parmi ses amis lui traversaient l’esprit : pédéraste, inverti, sodomite, tante, jaquette… Il en avait rejoint les rangs. Et tout ça à cause de ce petit mec… Il se sentait souillé d’avoir été possédé par lui, de n’avoir rien dit, d’avoir de lui-même écarté ses jambes. Mais plus que tout il se sentait avili d’y avoir trouvé du plaisir. Cela il ne le lui pardonnerait jamais, pas plus qu’à lui-même. Comment en était-il arrivé là ? Et en à peine plus d’une heure.
Il fallait qu’il prenne une douche brulante pour se laver. Il enleva sa montre et la posa sur le lavabo. Il vit la gravure au dos du boitier. ‘’De Françoise à Christian pour 5 ans de bonheur’’ et la date de leur mariage. Il eut un haut-le-cœur ! Cinq ans de bonheur cette vie fade et tiède ? Ces journées, ces mois, ces années répétitives, toujours identiques ? Ces nuits sans passion ? Ce sexe sans surprises, presque sans désir. Il se rendit brusquement compte qu’il ne supporterait plus cette vie ; et elle pas davantage. Il se pencha sur le lavabo et vomit toute sa bile.
Dix minutes plus tard il revint dans la chambre les cheveux et le corps encore humides. Le garçon était toujours allongé sur le lit les bras croisés au-dessus de la tête, la jambe gauche repliée sous la droite le sexe reposant sur la cuisse. Il souriait. ‘’Tu es très beau. On remets çà ? J’ai envie de toi chéri.’’ Le mot le gifla. Il eut une imperceptible crispation. Il s’avança, monta sur le lit et s’assit à califourchon sur le bassin du garçon et se pencha comme pour l’embrasser. Le sourire du garçon s’élargit. Ce fut la dernière fois que Christian vit son visage. Brusquement Christian saisit l’oreiller et le plaqua sur sa tête. Au bout de 3 secondes le garçon lui tapota le bras comme pour dire’’ Bon ça suffit comme ça.’’ Christian augmenta la pression. Il entendit les cris étouffés par l’oreiller. La panique le gagnait. Il mit ses bras sur les épaules de Christian pour essayer de le repousser. Mais il ne faisait pas le poids. Il se mit à gigoter dans tous les sens. D’un mouvement du bras il renversa la table de nuit et la lampe de chevet. Entre les jambes de Christian son corps se cabrait comme un cheval pour désarçonner son cavalier. En se cambrant le bassin du garçon venait cogner l’entre jambe de celui qui était en train de le tuer. Et plus le garçon se débattait plus Christian bandait. Combien de temps cela dura-t-il ? Une éternité ! 25 secondes, peut-être 30. Puis tout s’arrêta. Les mouvements cessèrent. Christian fut alors pris de tremblements. L’orgasme lui déchira le bas-ventre et les reins. Il jouit longuement sur le ventre blanc, imberbe et sans vie du garçon. Il se releva, ramassa une serviette de toilette au pied du lit et s’essuya. Il s’aperçut tout de suite du changement opéré en lui. Sa migraine avait disparu et il avait le sentiment d’avoir retrouvé la maîtrise de son corps et de ses esprits. Il devait maintenant quitter rapidement les lieux.
Rhabillé, il se dirigea vers la porte d’entrée. Il se retourna une dernière fois. Il vit le garçon le coussin toujours sur sa tête, étendu les bras et les jambes en croix, le ventre souillé de son sperme. Il ouvrit la porte, sortit et la referma doucement derrière lui. Au même moment la porte d’en face sur le palier s’entrouvrit. Une vieille dame aux cheveux blancs passa la tête :’’J’ai entendu du bruit chez monsieur Kevin. Tout va bien ?’’ Christian descendit rapidement les escaliers. Il se retrouva rue Pavée qu’il suivit jusqu’à la rue Saint Antoine et la station de métro Saint Paul le Marais. Tout avait commencé là et tout finissait là. Il monta dans la troisième voiture de la rame et s’assit à sa place habituelle à droite sur le strapontin. Il s’aperçut qu’il avait oublié dans le studio son Libé et Les Echos. C’est à ce moment-là qu’il se rendit compte, avec un frisson glacé dans le dos, qu’il avait également laissé sa montre avec sa dédicace, sur la tablette du lavabo.

St Paul - Le Marais - Parisian Psycho épisode 1



Lundi matin. 7h30. Métro Bastille. Ligne n°1. Château de Vincennes-la Défense. Quai aérien, là où le métro sort de terre venant de la Gare de Lyon pour replonger immédiatement vers St Paul le Marais. Il est là comme tous les matins, à l’emplacement de la troisième voiture pour être directement face à la bonne sortie à Esplanade de la Défense où il travaille pour une banque d’affaires. 32 ans, il n’est pas très grand, mais on devine un corps robuste modelé par la pratique régulière du squash et la fréquentation des salles de gymnastique. Le cheveu très noir et dru, sa peau mate font ressortir les yeux bleus qu’il tient de sa mère et quand il laisse le col de sa chemise ouvert la petite touffe de poils noirs qui démarre à la base du cou ne laisse aucun doute, pense-t-il sur sa virilité. Il a l’allure parfaite du yuppie. Costume sombre, mocassins noirs, chemise blanche poignets mousquetaire, serviette en cuir un peu déformée, elle lui vient de son père, une montre de prix au poignet, mais il est plutôt Piaget que Rolex, légèrement vulgaire à son goût. Les seules notes de fantaisie, de couleur, sont ses cravates, offertes par sa femme pour son anniversaire et Noël. C’est devenu comme un jeu. Il est curieux à chaque fois de ce qu’elle osera pour lui… Il est marié depuis 5 ans. Il aime sa femme raisonnablement et ne l’a jamais trompée. Elle est belle, élégante, intelligente, du même milieu que lui. Ils ont un petit garçon adorable de 5 ans, ils habitent boulevard Henri IV, un grand appartement au dernier étage d’un immeuble donnant sur la place de la Bastille et le port de l’Arsenal. Ils passent l’été dans une propriété dans le Lubéron qu’elle tient de ses parents. Aux yeux de sa famille et de ses amis, il ne lui manque rien pour être heureux.
La rame entre dans la station. Il monta dans le troisième wagon. A cette heure-là ce n’était pas encore la cohue et il put s’asseoir sur le strapontin directement à droite ! Il ouvrit Libé. Les Echos ce serait pour le bureau. A la station suivante, St Paul le Marais, les gens qui montaient l’obligèrent à se lever. Il replia son journal en quatre pour continuer à lire. En tournant la tête, il fût arrêté par un regard posé sur lui fixement, à la fois intense et étrangement vide. Il ressentit un léger choc à l’estomac. C’était un jeune homme d’environ 20 ans. Il ne voyait de lui qu’un visage allongé, une tignasse blonde, un sweat avec une capuche et ces yeux verts, si verts. Il détourna le regard. Station Hôtel de Ville. Le mouvement des passagers l’obligea à se reculer un peu vers le centre de la plate-forme. Il s’accrocha à la barre métallique verticale. Il avait bousculé plusieurs voyageurs et en se retournant pour s’excuser il vit le regard vert posé sur lui. ‘’Excusez-moi’’. Le jeune homme lui répondit par un petit sourire qu’il trouva un peu équivoque et posa sa main sur le montant métallique, juste au-dessus de la sienne. Il en fut énervé, regarda fixement la porte devant lui et resta immobile jusqu’à la station suivante. Louvre. Il profita du va et vient pour lâcher le montant et s’écarter un peu. Il pût se replonger dans son journal. Louvre-Rivoli. Le flux des voyageurs ramena le garçon au sweat juste derrière lui. Le démarrage un peu brusque de la rame le déséquilibra et l’obligea à faire un pas en arrière. Il ne s’excusa pas mais il vit dans le reflet de la vitre le visage du garçon qui avait un grand sourire. ‘’Le petit con…’’. Tuileries. On lui tapota légèrement sur l’épaule. C’était le sweat. ’’Excusez-moi, je descends ici’’. Il se glissa entre lui et un autre voyageur. Pendant une seconde ils furent collés l’un à l’autre, leurs visages à peine séparés de quelques centimètres. Il haussa les épaules et sourit d’un air de dire ‘’Désolé, je ne peux pas faire autrement’’. Puis il sortit. Mais au lieu de prendre l’escalator en face de lui, il se posta devant la voiture et le regarda fixement, sans sourire jusqu’à ce que la rame démarre. ‘’ Quel petit con. Il me drague ou quoi ? Il se prend pour qui ?’’ Il était furieux et gêné. Il regarda autour de lui. Il lui semblait que tout le monde dans le wagon s’était rendu compte de son manège. A Concorde, il avait décidé de ne plus y penser. Et il n’y pensât plus. Jusqu’au soir où il reprit le métro en sens inverse. Il ne pût s’empêcher de regarder les passagers qui montaient à Tuileries et descendaient à Saint Paul le Marais. Mais que lui avait-il pris à ce gamin, il devait avoir à peine 20 ans ! Ce devait être un pédé. Ça ne le dérangeait pas plus que ça ! C’était pas ce qui manquait dans le quartier Bastille-Marais. ‘’Mais pourquoi moi ?’’ se dit-il. ‘’Il a quand même pas cru que moi….’’ Ça ne lui avait jamais traversé l’esprit.
Ce soir, il ferait l’amour à sa femme.
Mardi matin. 7h30. Métro Bastille. Il est là comme tous les jours. Seules la chemise et la cravate ont changé. Sans vraiment s’en rendre compte, il a pris un soin particulier dans le choix de sa cravate. Celle qui lui semblait la plus décalée avec son costume, la plus ‘’fun’’. Son Libé et Les Echos sous le bras il monte dans la troisième voiture et s’installe à sa place habituelle, tout de suite à droite, sur le strapontin.

Il eut un petit choc à l’estomac quand, à St Paul le Marais, il vit le garçon au sweat monter dans la voiture. Cette fois il resta près de la portière, s’accrochant de la main droite à la barre, et l’obligeant, lui, à se mettre debout. Il tourna la tête vers lui, toujours ces yeux verts, si verts, et lui dit à voix basse ‘’Bonjour’’ avec un petit sourire. Il fut incapable de répondre, le visage comme statufié. Le garçon était de profil à une vingtaine de centimètres de lui. Il avait une tignasse blonde, mi-longue, bouclée qu’il devait avoir du mal à domestiquer le matin. Le sourcil était épais, d’un blond plus foncé et les cils incroyablement fournis. ’’Trop pour un homme’’ se dit-il. Le nez était un peu long avec une petite bosse au milieu et les narines fines. En dessous les lèvres étaient charnues. ‘’Trop féminin ça aussi’’. Les joues et le menton étaient lisses, vierges de tout poil. ‘’Il ne doit pas passer beaucoup de temps à se raser le matin. Et ça doit être comme ça sur tout le corps’’. Il fut brusquement gêné par cette pensée et la vision d’un corps imberbe. Pour se ressaisir il se racla la gorge et en changeant de jambe d’appui, il frôla le bras du garçon qui tourna la tête et lui adressa un grand sourire. Les deux incisives du haut se chevauchaient légèrement. ‘’Il va quand même pas croire que je l’ai fait exprès ce petit con.’’ Mais le fait est que le ‘’petit con’’ ne semblait plus lutter contre les à-coups du métro et se laissait aller contre son corps. ‘’Mais qu’est-ce qu’il fait là, je peux quand même pas lui foutre une baffe et lui demander de me laisser tranquille comme une femme qui se fait peloter les fesses !’’ Cela dura jusqu’à Tuileries. Et comme hier il resta sur le quai à le regarder partir en souriant. Ce jour-là il eut un peu de mal à évacuer cela de ses pensées ! Mais les images du matin revinrent en force dans le trajet du retour. Il décida que ce soir aussi il ferait l’amour à sa femme.

Mercredi matin. 7h30. Métro Bastille. Devant l’emplacement de la troisième voiture, il a sa tête des mauvais jours. Hier soir cela a été un fiasco. La panne ! Malgré ses efforts et les propos rassurants de sa femme. Il est effondré. C’est la première fois. A 32 ans c’est pas normal ! Il avait mal dormi ne pouvant chasser de son esprit la vision d’une tignasse blonde et d’un corps imberbe. ‘’Bon ça suffit maintenant. Je vais pas me pourrir la vie avec ces conneries. Je suis pas une midinette. Au premier geste équivoque, je lui rentre dedans ’’.

St Paul le Marais. Les portes s’ouvrent. Personne, il n’est pas là. Et loin d’être rassuré, il est tout décontenancé. Toute son agressivité est tombée. Les portes se referment et il le voit qui arrive en courant et lui faire un sourire triste en haussant les épaules et en écartant les bras. Il reste tout penaud contre son strapontin. Et il se rend compte brusquement que ce petit parcours raté de trois stations de métro va lui pourrir sa journée.. Et soudain, il se fige, incrédule, tétanisé. Il bande. Il bande comme ça, pour trois fois rien. Juste pour un petit mec à la tignasse blonde et aux yeux verts qui a raté son métro ! Il sait qu’il ne pensera qu’à ça toute la journée.

Jeudi matin. 7h30. Métro Bastille. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il a une boule au creux de l’estomac. Il regarde sa montre pour être sûr que c’est la bonne rame et il s’installe contre son strapontin relevé. La rame plonge dans le tunnel. St Paul le Marais. Il est là, tout sourire. Il bouscule deux personnes pour s’installer à son côté. ‘’Bonjour’’. Il réussit à articuler : ‘’Bonjour’’. ‘’Désolé pour hier. J’ai pas couru assez vite’’. ‘’C’est pas grave’’. ‘’Tu m’as manqué’’. Il déglutit et réussit à dire : ‘’Vous aussi’’. C’est alors qu’il sent la main du garçon caresser la sienne. Il est tout surpris de ne pas retirer sa main. Au contraire il lui rend cette caresse. Tout va alors très vite. Hôtel de Ville. Les portes s’ouvrent. Le garçon le prend par le bras et lui dit : ‘’Viens, on descend’’. 20 secondes plus tard le train repart et ils restent sur le quai. ‘’Moi c’est Kevin’’, ‘’Christian’’. ‘’Je suis content. Viens’’. Il le prend par le coude et Christian, sans volonté se laisse entraîner vers la sortie.
‘’ Je bosse à l’Inter-Continental, rue de Castiglione. Je suis off aujourd’hui. Mais je me suis levé quand même. Je ne voulais pas te louper une deuxième fois. Et toi ?’’ Ils étaient sur le trottoir en face du BHV. Christian se demandait ce qu’il faisait là, à cette heure-là, sur le pavé de Paris. ‘’ Je travaille à la Défense’’. Il avait répondu sans réfléchir. Il avait le sentiment de ne plus s’appartenir totalement. ‘’Cool. Ça se voit. T’as vraiment l’air d’un cadre sup’’. Un long silence suivit. Christian était incapable de dire quelque chose. ‘’ Tu sais, relança le garçon, c’est pas trop mon truc de draguer les mecs comme ça. Mais là ça a été plus fort que moi et puis j’ai senti que t’étais réceptif’’. Il lui lança un clin d’œil. ‘’ Je ne sais pas. Ce genre de chose ne m’arrive pas souvent. C’est même la première fois.’’ ‘’ T’es pas gay ?’’ ‘’Non !’’ Le garçon écarquilla ses yeux verts et eut un large sourire. ‘’Wouahh. Quel pied ! Un bel hétéro puceau avec les hommes…T’es un rêve de gay tu sais ?’’ Le fait d’être considéré comme un bon coup le dégrisa brusquement. ‘’Arrête tes conneries s’il te plait’’. Le garçon fit machine arrière. ‘’ Excuse-moi. C’est pas ce que j’ai voulu dire’’. Christian eut le sentiment de reprendre la main. Il préférait ça. Le passage d’une arroseuse municipale les obligea à faire un pas de côté. ‘’ Ne restons pas là, dit le garçon. Tu veux pas venir boire un café chez moi, j’habite tout près.’’ ‘’Non. Je bosse. Je suis pas off moi.’’ ‘’ Dis leur que tu arriveras en retard’’. Dans la tête de Christian le choix fut vite fait. Dire oui l’entraînerait il ne savait pas trop où, mais il savait qu’il regretterait d’avoir dit non. Il prit son portable dans sa poche et composa un numéro. ‘’ Marie ? C’est moi. J’ai un problème. Rien de grave mais je ne serai pas au bureau ce matin. Décalez mes rendez-vous. A tout à l’heure’’ Il allait raccrocher…’’ Ah Marie. N’essayez pas de m’appeler. Je serai injoignable.’’ ‘’Eh ben voilà’’ fit le garçon. ‘’Viens’’ lui dit-il pour la seconde fois.
A suivre... demain

Abédédaire : B comme Bonheur

 ...Comme Bonheur
Le bonheur est dans le pré cours–y vite cours- y vite
Le bonheur est dans le pré cours-y vite il va filer.
Petits bonheurs, bonheurs du jour, bonheurs fugitifs.
Pas plus qu’il n’y a d’amour, il n’y a de bonheur. Et comme il n’y a que des preuves d’amour, il n’y a que des instants de bonheur. Parenthèses dans un quotidien peu souvent satisfaisant. Mais la vie est finalement bien faite ; nous avons une mémoire sélective. Rose pour les filles, bleue pour les garçons, arc-en-ciel pour quelques uns. Et le filtre fonctionne. Que reste-t-il au bout du compte?
La caresse d’une mère, la fierté dans les yeux d’un père, le regard confiant d’un enfant, un réveil alangui dans un lit défait, un souffle sur un cou, une première gorgée de bière, dit-on, un moment de silence, un instant de musique, un ciel flamboyant, une nuit étoilée, un dîner préparé pour des amis que l’on aime, une lecture, un éclat de rire et à l’infini les petits bonheurs de chacun…
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite cours-y vite
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite…il a filé…
Mais le bonheur est un furet. Il est passé par ici, il repassera par là. Il faut juste être à son rendez-vous !

mercredi 13 mai 2015

Pensée

Je ne suis pas fan des ''pensées'' pseudo philosophiques que l'on peut lire ici ou là.
Mais je sais faire aussi:
''Le drame de notre époque c'est que la bêtise se soit mise à penser'' Jean Cocteau.

dimanche 10 mai 2015

Géographie amoureuse



J'aime les forêts obscures, les mousses sombres sous les branches des troncs, les recoins secrets, les plages de sable brun, les grands lacs noirs comme des yeux, les mamelons charnus et frémissants à la moindre caresse du vent, les pitons bruns veinés de bleu, les volcans en éruption, les chaudes pluies dorées de l'été, les gouffres insondables, les grottes nacrées où les lèvres vont se rafraîchir, les collines en pente douce vers des plaines où il fait bon s'allonger, les troncs d'arbre comme des cuisses bien plantés sur le sol et portant à leur sommet des fruits à se damner, les arômes épicés plus que les brouets blonds, les déserts brûlants cachant des oasis enivrantes. J'aime les purs sang qui font battre le cœur au rythme de leur galop et qui s'ébrouent vous brûlant de leur écume vous laissant quasi morts et qui penchent leur col pour vérifier que le feu de votre visage n'est pas que celui de la course folle!
J'aime le cheval qui murmure à l'oreille de l'homme...

lundi 4 mai 2015

Madame D...



''Renaud, es-tu monté dire bonjour à Madame D... ''? Madame D... venait une fois par semaine, le vendredi, faire des travaux de couture chez Joseph et Guyonne. Elle travaillait dans une pièce, qui servait également au repassage, au deuxième étage de la grande maison du Mans. Je crois que je l'ai toujours vue assise dans son fauteuil tiré près de la fenêtre donnant sur le jardin. A sa gauche, une table où s'entassait l'ouvrage à faire, à droite un guéridon en acajou dont le plateau et le tiroir débordaient de tout ce qui lui était nécessaire pour coudre, ravauder, repriser, rapetasser, raccommoder, rapiécer, rafistoler... Treize enfants, dont les plus jeunes élevés pendant la guerre, cela avait formé chez mes grands parents une économie et une pratique domestiques fortes dont ils ne s'étaient plus départis.
Le tiroir du guéridon était une vraie caverne d'Ali Baba. Des boutons par centaines en bois, en os, en nacre, en corne. Multicolores. Des boutons-pression pour les chemisiers, des fermetures à glissières pour les jupes, des élastiques pour retendre des caleçons qui ne tenaient plus à la taille. Des aiguilles plantées dans des petits morceaux de tissu noir avec des bouts de fils encore passés dans le chas.
Mon oncle curé nous avait raconté un jour une histoire de paradis, de riche, de chameau, de chas... C'est quoi un chas avais-je demandé. Le trou d'une aiguille. Le souvenir des méharis du Tchad m'avait laissé perplexe...
Des pelotes d'épingles en métal à tête plate ou rondes et multicolores. Un mètre de couturière négligemment déroulé. Des ciseaux petits, grands, à bouts ronds ou pointus. Et sur le guéridon, dans une corbeille en osier, du fil, des fils. De toutes les couleurs, en lin, en laine, en coton, en bobines, en écheveaux, roulés en boule, en vrac... Et posés au milieu de cette corbeille, deux objets magnifiques. Deux œufs à repriser les chaussettes. L'un en bois blond, l'autre plus foncé. Cela me fascinait de voir Madame D... repriser une chaussette. Elle mettait l'objet dans la chaussette, la serrait fortement à la base de l'œuf pour qu'elle soit bien tendue sur la surface polie, faisait glisser l'aiguille et reprisait le trou causé par l'ongle trop long d'un gros orteil. Le soir parfois, je dormais dans la chambre à coté, je prenais les œufs dans ma main, les caressais, éprouvais leur douceur contre ma joue. J'y ai même souvent posé les lèvres. Puis j'allais me coucher sans oublier de faire ma prière...
A l'époque, Madame D... devait avoir cinquante, cinquante-cinq ans. Je ne l'ai jamais vue autrement qu'habillée en noir. Seules couleurs, le blanc de sa peau et le rouge de ses lèvres. Ses cheveux, encore très noirs et à peine striés de gris, étaient coiffés en chignon bas retenu par une résille. Elle tenait très droite une tête orgueilleuse au visage beau et carré. Ses yeux très noirs étaient surmontés de sourcils surlignés au crayon gras, son nez un peu fort mais droit. Sa lèvre inférieure était bien ourlée mais le rouge à lèvres remodelait un peu la faiblesse de la lèvre supérieure. Je garde le souvenir de son châle noir sur les épaules et de ses mitaines tricotées, noires également.
Madame D... avait dû être une belle femme. Une de ces femmes à la beauté un peu lourde soulignée par deux gouttes de Shalimar derrière l'oreille et à la saignée du poignet. Je ne sais pas si elle avait eu les moyens de ces essences de Guerlain, mais cela ne devait plus être le cas aujourd'hui. Madame D... avait eu des revers de fortune et pour survivre faisait des travaux de couture dans quelques familles de la bonne société mancelle.
A la maison, on parlait d'elle à demi-mot et jamais devant les enfants. Ce n'est que plus tard que j'ai appris que Madame D... avait pire qu'une histoire. Un passé.
C'était la fille unique d'un couple de commerçants aisés qui l'avait eue sur le tard. C'était une enfant belle, vive, intelligente. Ses parents la mirent en pension dans une institution religieuse où les bonnes sœurs lui donnèrent un solide bagage intellectuel et lui apprirent les bonnes manières. Elle était destinée à faire un beau mariage bourgeois. Mariage il y eut. Mais bâclé, dans l'urgence, avec un voyageur de commerce. Mariage sans amour et finalement inutile puisqu'elle fit une fausse couche deux mois après la cérémonie. Elle n'aimait pas son mari qui ne l'aimait pas davantage. Cela ne l'empêcha pas de récupérer le magasin de ses beaux-parents à leur mort. Le voyageur de commerce s'était sédentarisé. Mais les femmes, le jeu et l'incompétence eurent peu à peu raison du patrimoine hérité.
Paradoxalement la libération de Madame D... vint avec l'occupation. Son mari, mobilisé en 1939, ne trouva pas la drôle de guerre à son goût et en mourut. Et Madame D... se décida à avoir un veuvage joyeux. Elle n'avait pas quarante ans, elle était belle, d'une sensualité, probablement bridée par un mari maladroit, et qui n'attendait qu'à s'épanouir. Elle aimait les uniformes et les hommes. Grands, forts, blonds. Et ceux-là étaient attirés par cette beauté brune et capiteuse bien différente des femmes de leur pays. Et Le Mans lui fut une fête. Elle eut quelques amants avant de tomber amoureuse d'un officier et d'être heureuse loin de toute préoccupation politique ou idéologique.

Mais quatre ans, cela passe très vite. A la Libération elle s'était retrouvée seule. Plus de famille. Les amis ? Ils se partageaient entre ceux qui étaient partis et ceux qui se détournaient d'elle aujourd'hui. Elle avait échappé à la tonte, mais les regards lourds de reproches et les chuchotements sur son passage étaient à peine moins durs à supporter. Elle avait dû vendre tout ce qu'elle possédait. A n'importe quel prix. Ceux qui s'étaient enrichis au trafic du marché noir ne pouvaient pas donner un prix honnête aux biens d'une femme qui avait traficoté avec l'occupant. ''Y a trafic et trafic ma bonne dame ! Et nous au moins on a pas couché !''
Elle s'était installée dans un petit deux-pièces sous les toits, rue de l'Etoile . Personne n'était jamais entré chez elle. Elle ne recevait pas. Ses seules sorties étaient pour aller faire ses travaux de couture dans cinq ou six familles et assister à la messe de dix-huit heures le dimanche à N.D. de la Visitation. Tout cela n'empêche pas la religion...
Elle avait compris que sa discrétion, son humilité et la dignité de son comportement actuel pouvaient racheter, en partie, son ''indignité'' passée. C'était le prix à payer pour la compassion et la charité qui lui étaient accordées.
Quelques années plus tard, je demandais ce qu'elle était devenue.
On l'avait retrouvée morte un matin allongée sur le plancher de sa petite chambre. Ses voisins du dessous avaient entendu du bruit la nuit et ce qui semblaient être des plaintes, mais ne s'étaient inquiétés qu'au petit matin. Elle était effondrée au pied de son lit, en chemise, démaquillée, sans sourcils, blafarde, ses cheveux dénoués, en un mot, elle toujours si impeccablement mise, négligée. Seule touche de couleur à son annulaire gauche une bague. Un petit rubis entouré d'éclats de diamants. Un cadeau de son amant officier et qu'elle avait toujours refusé de sacrifier dans son naufrage. Souvenir de quatre années de guerre, quatre années de bonheur dans une vie massacrée.
''Comment vas-tu mon petit Renaud? Tu as bien travaillé?'' Et elle sortait un bonbon à la menthe d'une petite aumônière qu'elle portait à la ceinture. Sa mitaine en glissant laissait apparaître l'éclat d'un petit rubis.