Tyrone Power
mardi 30 mai 2017
Incipit 34 - F. Dostoïevski - Crime et châtiment
Au commencement de
juillet, par une soirée excessivement chaude, un jeune homme sortit de la
petite chambre meublée qu’il occupait sous le toit d’une grande maison de cinq
étages, dans le péréoulok S…, et, lentement, d’un air irrésolu, il se dirigea
vers le pont de K…
Dans l’escalier, il
eut la chance de ne pas rencontrer sa logeuse. Elle habitait à l’étage
au-dessous, et sa cuisine, dont la porte était presque constamment ouverte,
donnait sur l’escalier. Quand il avait à sortir, le jeune homme était donc
obligé de passer sous le feu de l’ennemi, et chaque fois il éprouvait une
maladive sensation de crainte qui l’humiliait et lui faisait froncer le
sourcil. Il devait pas mal d’argent à sa logeuse et avait peur de la
rencontrer.
Ce n’était pas que le
malheur l’eût intimidé ou brisé, loin de là ; mais depuis quelque temps il
se trouvait dans un état d’agacement nerveux voisin de l’hypocondrie.
S’isolant, se renfermant en lui-même, il en était venu à fuir non pas seulement
la rencontre de sa logeuse, mais tout rapport avec ses semblables. La pauvreté
l’écrasait ; toutefois il avait cessé, en dernier lieu, d’y être sensible.
Il avait complétement renoncé à ses occupations journalières. Au fond, il se
moquait de sa logeuse et des mesures qu’elle pouvait prendre contre lui. Mais
être arrêté dans l’escalier, entendre toutes sortes de sottises dont il n’avait
cure, subir des réclamations, des menaces, des plaintes, répondre par des
défaites, des excuses, des mensonges, — non, mieux valait s’esquiver sans être
vu de personne, se glisser comme un chat le long de l’escalier.
Le mot du jour - Prétérition - Qu'en pense Robert?
Le célèbre tableau de René Magritte prétend à juste
raison que le tableau n'est pas l'objet. Cependant il illustre d'une certaine
façon le procédé de prétérition puisque l'inscription placée sous la
représentation de la pipe constitue la négation de ce qui est malgré tout
représenté.
La prétérition
(substantif féminin), du latin praeteritio (« action de passer sous
silence »), est une figure de style
consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé que l'on ne va pas en
parler. Elle permet de ne pas prendre l'entière responsabilité de ses propos et
se reconnaît à l'emploi de formules particulières d'introduction comme « Ai-je
besoin de vous dire... ».
C'est une figure de rhétorique
par excellence, en ce qu'elle influence l'attitude de l'interlocuteur ;
elle éveille son attention, ou attise sa curiosité, commente un raisonnement.
N’y allons pas par quatre
chemins : la prétérition est une figure de style parfaitement hypocrite voire, faux-cul.
En effet, elle consiste à dire qu’on ne va pas dire quelque chose, tout en le
disant. Ça
s’appelle aussi : prétermission, et même : paralipse.
Ce procédé mensonger peut
endormir l’auditeur, prévenir ses objections, éviter qu’il s’offusque. Ce qu’on
dit passe mieux, quand c’est en prétendant qu’on ne le dit pas ! En fait,
la prétérition est souvent le signe qu’on n’assume pas ce qu’on dit.
Elle joue
parfois le rôle d’une concession ou d’un euphémisme :
Je ne dis pas qu’il est
radin, mais il aurait pu nous donner quelque chose !
Je ne dirai pas qu’il est
ignorant, mais enfin, il ne sait pas grand-chose.
Il s’agit donc d’une forme de
méta-communication (je parle de ce que je dis) qui consiste à affirmer qu’on ne
croit pas ce qu’on dit, ou qu’on ne veut pas dire ce qu’on dit, ou qu’on ignore
ce qu’on dit, ou qu’on retire de l’importance à ce qu’on dit.
Ce peut être un
procédé d’argumentation : en niant mon adhésion à ce que je dis, je fais
mine de ne pas chercher à en convaincre mon auditeur, qui mord d’autant plus
facilement à l’hameçon.
Enfin, la
prétérition peut être utilisée à des fins humoristiques. Dans Le Père-Noël
est une ordure : « Je n’aime pas dire du mal des gens, mais
effectivement elle est gentille. »
Et même dans Tintin ''Coke en stock'' Dupond use de la prétérition...
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