mardi 11 octobre 2016

Divas - Elisabeth Schwarzkopf

La perfection n'est pas de ce monde, mais il arrive qu'on s'en approche.
E. Schwarzkopf
Vier letzte lieder - ''Frühling''
Richard Strauss


samedi 8 octobre 2016

Rossignol de mes amours - Suzy Solidor


Qui était-elle? Qui était cette femme? La plus portraiturée au monde. La femme aux 220 visages. L'égérie des années folles? La Garçonne? La maîtresse de la scandaleuse Yvonne Brémond d'Ars? La patronne du cabaret le plus couru de l'entre deux guerres? L'interprète houleuse des chansons de marins. L'icône, la chanteuse scandaleuse, des amours saphiques comme on disait à l'époque? La fulgurante passion d'un aviateur beau comme un dieu? L'amie de tout ce qui comptait alors dans le milieu des arts à Paris? Une femme sans tabou et prodigieusement libre.
Descendante d'un ''corsaire breton par la cuisse gauche'', elle finit ''Amirale'' au bord de la Méditerranée. De la tour Solidor, près de Saint Malo au Vieux Bourg de Cagnes sur Mer, ce furent plus de 80 années d'une quête éperdue de reconnaissance, menée tambour battant, entre défi et provocation.
Elle était née de père inconnu. Sa mère était la femme de chambre de Robert Henri Surcouf, avocat, député de Saint Malo, descendant du corsaire, armateur … et amateur d'amours ancillaires. Pour régulariser sa situation sa mère épousa en 1907 un brave monsieur Rocher qui reconnut la petite Suzanne. Ils s'installèrent dans le quartier de Saint Servan, à l'ombre de la tour... Solidor.
Et elle a pas les deux pieds dans le même sabot la Suzanne. A 17 ans, munie de son permis de conduire, elle arrive à Paris. Et c'est pas Bécassine qui débarque Gare Montparnasse. On la retrouve très vite chauffeur des états-majors et on la voit conduire des ambulances sur les fronts de l'Oise et de l'Aisne. A la fin de la guerre elle décide de rester à Paris. Déjà, elle ne passe pas inaperçue. Elle souhaite devenir mannequin chez Lanvin. 
Elle n'en aura pas le temps. Avec ses hanches d'éphèbe, ses épaules de nageuse olympique, son visage beau mais un peu masculin, ses cheveux très blonds et qu'elle porte déjà courts, sa voix rauque et profonde, elle a compris qu'il lui fallait jouer la carte de l'ambiguïté.
Très vite , en 1920, elle va littéralement se faire kidnapper, enlever par Yvonne de Brémond d'Ars. C'est l'ANTIQUAIRE du faubourg Saint Honoré, grande famille, grosse fortune, pouvant donc assumer une vie ''scandaleuse''. Garçonne avant la lettre, elle porte costume, cravate, œillet à la boutonnière, cigare aux lèvres. Elle va s'enflammer pour cette jeune beauté sculpturale à l'état brut. Elle va l'initier au métier d'antiquaire, la présenter au Tout-Paris, la transformer physiquement.
Pendant 10 ans  Suzanne et son amante vont défrayer la chronique entre Paris et Deauville. Elle apparaît en couverture des magazines de mode les plus en vue. Elle apprend le chic l'élégance avec Paquin, Poiret, Patou et Chanel. Elle pose pour des photographes et des peintres. Elle ne se fait pas payer! Juste un portrait d'elle. Fine mouche elle va ainsi se constituer une collection de plus de 200 portraits d'elle par les plus grands peintres de son époque. Et c'est paraît-il Van Dongen qui lui aurait conseillé de chanter. Bon conseil, d'autant plus que sa liaison avec l'antiquaire touche à sa fin.
En 1931 elle prend le nom de Suzy Solidor et elle ouvre au 12 rue Sainte Anne un cabaret ''chic et cher'' la Vie parisienne’’ qu'elle tapisse de ses portraits . C'est un des premiers cabarets lesbiens, mais hétéro-friendly, de la capitale. [Cet endroit deviendra dans les années 70 le Piano Club, tenu par la légendaire Isolde, pour ceux qui s'en souviennent]. Parrainé par Jean Cocteau il va devenir un lieu incontournable des nuits parisiennes. Devenue chanteuse, elle est passée avec succès à l'Européen et à l'Alhambra, celle qu'on appelle ''la fille aux cheveux de lin'' envoûte ses spectateurs avec sa voix chaude et sensuelle dans un répertoire mêlant chansons de marins... et chansons où elle ne cache pas ses préférences sexuelles.
Elle est l'icône des lesbiennes. On ne parle plus de saphisme, mais de solidorité, de solidorisme!! C'est un vrai harem qu'elle traine derrière elle. Ce qui ne l'empêchera pas, en 35, de vivre une grande passion avec Jean Mermoz. Fallait les voir ces deux là! La descendante de Surcouf et l'Archange de l'Aéropostale. On aurait dit deux statues d'Arno Breker. Ils attiraient tous les regards, attisaient toutes les envies, exacerbaient tous les désirs.
 
Elle fait également du cinéma. Elle tourne dans la Garçonne (mauvais film, mais bon scandale) où elle console, avec Arletty et Edith Piaf, Marie Bell de l'inconstance d'un amant.
Le succès de son cabaret ne se démentira pas pendant toute la période de l'Occupation, où elle accueillera de nombreux officiers allemands, dont certains auraient été ses amants. Comme beaucoup, elle passera à la Libération devant le comité d'épuration des artistes et recevra un blâme et une interdiction d'exercer pendant un an. Est-ce d'avoir continué à travailler durant l'occupation, d'avoir eu un ou deux amants allemands, d'avoir créé la version française de Lili Marlène et/ou d'avoir chanté, au grand plaisir des allemands, sur les ondes de radio-Paris Au 31 du mois d'août vieille chanson de marins célébrant une belle raclée, donnée par son aïeul Surcouf, à la marine anglaise?
Elle va céder son cabaret à son amie Colette Mars, actrice, chanteuse, reine de la nuit et lesbienne affichée.

Suzy Solidor reviendra à Paris en 1949 pour ouvrir un nouveau cabaret, rue Balzac, Chez Suzy Solidor. Mais ce quartier est moins ''canaille'' que la rue Sainte Anne et Suzy Solidor devenue une institution est moins sulfureuse.
Suzy Solidor ferme son cabaret en 1960. Elle s’installe à Cagnes-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes. Elle y ouvre un magasin d’antiquités ainsi qu'un petit cabaret baptisé Chez Suzy, toujours entourée de ses tableaux. En 1973 elle cédera une quarantaine de ses toiles au musée du Haut de Cagnes. Le reste sera dispersé à sa mort en 1983.
C'est Jean Cocteau qui, encore une fois trouvera les mots justes :
''...Lorsque Suzy s'appuie au piano et tire d'elle une voix qui sort des zones les plus intimes de l'être, lorsqu'elle dompte cet élément qui donne le trac comme les vagues donnent le mal de mer, je m'incline... Mademoiselle Solidor montre ses poses de forçat de Puget, d'esclave de Michel-Ange, et la petite salle attentive acclame sa voix hâlée''.

jeudi 6 octobre 2016

André Claveau - Tchitchi fou tchitchi fou...

Ca fonctionne encore... La dernière génération, bientôt 2 ans, trottine dans l'appart en faisant tchitchi fou tchitchi fou


mercredi 5 octobre 2016

Vous faisiez quoi avant? Chanteuse au PZ. Suite et fin (provisoire...)

Dans le cadre du PZ et avec ses chanteurs et clients J. patron du PZ créé ''Choeur Accord'' la première chorale gay... J'y reviendrai un jour ou l'autre. Anyway... Septembre 83. Théatre du 12ème arrondissement.Choeur Accord donne son spectacle. Un pot pourri totalement décalé de chansons françaises et une parodie déjantée de la Vie Parisienne. 


A l'entracte les membres de la troupe descendent dans la salle pour vendre des cartes de soutien à l'association.
''Madame vous prenez une carte?''
La femme, belle, élégante souffle la fumée qu'elle vient de tirer de son long fume cigarette noir:
''Je vais vous prendre une carte mon jeune ami. Mais vous savez, je vous ai fait un cadeau beaucoup plus important! Je vous ai donné mon fils;''
De retour dans les coulisses:
''Renaud, je viens de vendre une carte à ta mère. Tu sais pas ce qu'elle m'a répondu? J'en suis sur le cul!''
J’ai fait mon outing auprès de ma mère dès mon retour d'Afrique en 75 bien aidé en cela par ma sœur. Je me rends vite compte qu'il est très difficile de cacher un homme dans sa vie quand on est amoureux...

Bien qu'elle soit au courant de, presque , toute ma vie, elle reste taraudée par une curiosité. ''Je sais que tu chantes souvent le soir au Piano Zinc.''
Elle aurait eu du mal à l'ignorer. J'habite au premier étage au-dessus de l’endroit.
''Ca m'aurait fait plaisir de t'écouter.'' Je sens la perche sous le conditionnel.
''Pas de problème ma chérie, vous venez quand vous voulez.'' *
Cela me ferait plaisir aussi. Je sais que c'est à elle que je dois ce goût de chanter et de la chanson. C'est sur notre phono que j'ai découvert Trénet, Jean Sablon, Félix Leclerc, Piaf, Lucienne Delyle, Mireille et Jean Nohain, Guétary, Mariano, Moreno, Patachou, André Claveau, Mouloudji, Ray Ventura et Jacques Hélian, Les Compagnons de la Chanson, Yvette Giraud, Mick Michel et Marie José..... Vous en voulez d'autres?... mais je parle d'un temps....Certaines de mes partitions étaient les siennes quand elle jouait du piano et se délassait les doigts de Chopin, Debussy, Schubert, Liszt, Schumann...
''Mais je vais être ridicule! Une maman qui vient écouter son fifils...''
Le Piano est un endroit gay mais mixte, hétéro friendly, ouvert à tous sous réserve de tolérance. Mais c'est vrai que les mères des chanteuses ne constituent pas l'essentiel de son fond de clientèle.
‘‘Je vous promets que tout se passera bien et que vous serez reçue comme une reine''!
J'ai failli rajouter quelque chose, mais je me suis abstenu!!
''Ecoutez ma chérie, venez dîner samedi à la maison. On terminera la soirée en bas.''
Je ne suis pas inquiet mais je préfère baliser un peu le terrain. Je préviens J. Il est ravi. Il la connaît et elle l'aime bien. Je préviens aussi les barmen des 3 niveaux. Au 2ème sous-sol c'est Pierrot. Un chauffeur de taxi qui a vendu sa licence pour devenir barman au Piano. C'est un peu l'homme à tout faire, l'homme de confiance: barman, électricien, plombier, videur si nécessaire, gardien de l'ordre et de la moralité du lieu, s' il y a un savon à passer au personnel c'est lui qui s'y colle. C'est lui qui lance les soirées avec ''Julie la Rousse''. Sa chevelure frisée tire légèrement sur le roux, il a des yeux verts et une grosse moustache, un vrai accent parigot et une gouaille qui peut être assassine. Lui et moi c'est pas le grand amour mais je sais qu'il peut être adorable avec les personnes d'un certain âge. Il me dit ne pas m'inquiéter.
Le samedi suivant après avoir diné à la maison on descend vers 22h au Piano. Le premier niveau est déjà plein. On tourne vers l'escalier ''Piaf''. Le premier niveau se remplit petit à petit. On se glisse vers le bar. Il reste un tabouret vide tout contre la scène. Le sien. On lui prend son manteau. Elle porte une petite robe noire. La fameuse petite robe noire toute simple que toute femme élégante se doit d'avoir dans sa garde-robe depuis Chanel. Un collier de perles, une broche en or, un jonc en or au poignet et une émeraude au doigt. Rien à redire. Une très légère fragrance de ''Shalimar''.
''Je peux fumer?'' Elle sort son fume cigarette noir. Ce soir il a des éclats brillants (de verre faut pas exagérer quand même). 3 briquets se tendent (des Bic...)
''Vous prenez une coupe ma chérie?'' ''Oui volontiers.'' '' Philippe une coupe s'il te plait et un demi pour moi.'' ''Philippe? Renaud m'a parlé de vous il paraît que vous avez une voix superbe.''
Et la soirée démarre. La salle est pleine. Le pianiste s'installe. Trois chanteurs répètent rapidement une chanson.
Pierrot arrive, monte sur l'estrade. ''Bonsoir. Bienvenue au Piano Zinc''. Le pianiste attaque les premières notes de ''Julie la Rousse''. Pierrot se penche vers ma mère :'' Madame cette soirée du Piano Zinc est pour vous.'' Ma mère est ravie et je me dis ''Putain que j'aime cet endroit''!
Quand c'est mon tour, j'attaque comme toujours par '' Y a d'la joie''. L'effet euphorisant de cette chanson se vérifie soir après soir! Et puis j'ose un ''I wanna be loved by you'' un peu décalé. Je sais que ça marche et que le ''Poo poo pee doo! Poooooo!!'' final déclenche mécaniquement le rire. Et si les gens rient c'est gagné. Elle rit! Je termine par la ''Ballade des baladins''. Je me tais à la fin de la chanson et laisse la salle chanter. Autre effet garanti.
Je descends de ma petite estrade. Ma mère n'applaudit pas. Elle pose son verre de champagne sur le comptoir et me tend sa main, paume vers le bas. Compris! Je lui baise la main!
A 2h du matin la soirée se termine. Elle descend de son tabouret. Je l'aide, discrètement, à remonter l'escalier. Bonsoir, bonsoir, merci!! Je la raccompagne jusqu'au taxi qui nous attend au coin de la rue des Blancs Manteaux et de la rue du Temple.
Ma mère avait été assez impressionnée par les différentes prestations télévisées d'Yves Navarre. Pour en savoir un peu plus sur ce milieu et son fils elle avait acheté un de ses livres. Elle était tombée sur les ''Loukoums''! Le choc avait été rude et déstabilisant. Elle avait eu du mal à se remettre de cette plongée dans les bas fonds gay de N.Y. Elle n'y faisait jamais allusion, mais je sentais ses mises en garde plus fréquentes; Cette soirée au Piano Zinc allait remettre les choses à leur place et moi à la mienne dans ce milieu.
''Tu sais Renaud, je n'ai pas sauté de joie en apprenant ta... heu... ce que...en fin bref j'aurais préféré autre chose! Mais puisque c'est comme ça je dois te dire que j'ai passé une superbe soirée, que j'ai compris pas mal de choses et que tes amis, y a rien à dire, ils sont charmants''.

Je me souviens...

C'était au deuxième étage fenêtre de gauche
avec la plus jeune de mes tantes et la plus âgée de mes cousines
L'une est partie, l'autre ne peut pas ne pas s'en souvenir...