jeudi 10 septembre 2015

Petite liste de villes que je ne connaîtrai jamais

L’enfance est un pays merveilleux, un territoire dont nous sommes exilés et dont l'accès nous est à jamais fermé à l'âge adulte. Enfant, nous nous enfoncions sous les draps de notre lit à la recherche d'un passage secret pour découvrir à travers nos rêves et nos lectures le reflet magique d’un monde, encore à nous, inconnu.
Pour certains, devenus adultes, l'imagination n'a pas déserté notre âme. L’autre côté du miroir nous attire toujours et nous cherchons désespérément à retrouver les parfums et les échos de ce paradis perdu qui résonnent encore en nous.
Ainsi pour moi, lointaines, fantasmatiques, légendaires, rêvées, ces villes qui ont nourri mon imagination et que je ne connaitrai jamais.
« Il se leva et dans la lumière d'un jour d'été s'approcha du tableau. Et c'est sans étonnement qu'il vit le papillon s'envoler à l'intérieur de la toile, volant, volant vers le lagon d'émeraude, vers la ville écroulée, vers les jardins aériens et les mille coupoles éventrées de Mayapura. John prit appui sur ses deux mains, monta sur la commode puis à son tour passa dans le tableau... »

Juste ce qu’il faut pour enflammer l’imagination d’un adolescent attardé au début des années 70. Je garde de ce livre, plus de 40 ans après, le souvenir d’une sorte de voyage initiatique tel qu’aurait pu l’écrire un écrivain anglo-saxon du 19ème siècle mais surtout la magie, le mystère d’un nom. Mayapura. Cette ville existe-t-elle ? Je l’ignore ! Je suis allé faire un tour sur Wikipedia. Je suis tombé sur l’avatar d’une secte de Krishna. Je ne suis pas allé plus loin. Il ne faut pas toucher aux rêves. Se trouve-t-elle en Inde ? En Malaisie ? Dans les iles de la Sonde ? Ou mieux encore n’existe-t-elle que pour ceux qui l’ont rêvée ?
Alexandre ne fut vaincu que par les cuisses d’Hephaistion. Renseignements pris, je me suis engagé dans l’armée du conquérant et de son amant pour les suivre jusqu’à Samarcande

J’y retrouverai plus tard Gengis Khan et Tamerlan, Marco Polo et ses aventures sur la route de la soie.
Un samedi de 1956 à Kati, poste militaire à 30 kms de Bamako dans ce qui était encore le Soudan français. Comme tous les WE, cinéma en plein air sur la place d’armes. Face à un grand mur peint à la chaux, on s’installait sur des pliants, des chaises longues et on sortait les fauteuils des 2CV. Au programme, deux films. Le premier, un film ‘’ancien’’ en général d’avant-guerre et en noir et blanc. Le deuxième plus récent. Ce samedi-là en première partie, un film de Frank Capra, ‘’Horizons perdus’’. Survolant les montagnes du Tibet et pris dans une tempête, un avion s’écrase dans une mystérieuse vallée protégée du froid, du vent, de la neige, Shangri-La
 Un endroit hors du temps où règnent l’harmonie, la paix, la douceur de vivre sans économie, sans police, sans lien avec l’extérieur. Venus d’un monde qui les a rendus mauvais, les intrus vont changer au contact des habitants de Shangri-La ! Mais ils seront rattrapés par la réalité ! Shangri-La, rêve utopique, paradis perdu à jamais!
Dans mon jardin, des roses de Picardie, mais je ne respirerai jamais le parfum des roses d’Hispahan dans leur gaine de mousse :

Oh ! Que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encore les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse !

Ni ne m’enivrerait des senteurs des jardins de Babylone que Nabuchodonosor fit construire pour son épouse la belle Amytis ! On n’aime plus comme ça aujourd’hui.
 Je donnerai tous les souks du monde pour ceux de la Bagdad de Schéhérazade, d’Aladin et de Sinbad qui ont enchanté mes nuits.

 Et le Livre de la jungle de Rudyard Kipling, pour sa Kandahar et son Iskander de ‘’L’homme qui voulut être roi’’.


Toutes ces villes … et Syracuse, pour m’en souvenir à Paris.

mardi 8 septembre 2015

Bande annonce - Les Orgueilleux

Un film injustement un peu oublié aujourd'hui. Et pourtant, un beau couple de cinéma 2 ans avant, dans un tout autre registre, ''Les grandes manœuvres'', quelques scènes cultes : G. Philipe ivre mort dansant pour un verre de téquila, M. Morgan à moitié nue sur un lit se rafraîchissant avec un ventilateur et une musique de P. Misraki...



Et en prime la magnifique valse des Orgueilleux chantée par la magnifique Lucienne Delyle


samedi 5 septembre 2015

Abécédaire - M comme Mort



… comme Mort ! Cet évènement, le plus banal, le plus inévitable, le mieux partagé du monde, le plus universel, le plus égalitaire ou égalitariste est certainement celui dont nous savons le moins de chose. A vrai dire, dont nous ne savons rien ! Cessation des activités vitales. Au-delà, rien ! L’au-delà ! C’est bien la question.
Globalement, le monde se partage en deux. Ceux qui croient, dur comme fer, qu’il y a une vie après la mort et ceux qui croient tout aussi fermement le contraire. Il est paradoxal que ces personnes qui doutent de la fidélité de leur conjoint, de la fiabilité des prévisions météorologiques, de la parole de leurs hommes politiques, du sérieux de leur garagiste, de la sécurité de leur emploi, de la qualité de ce qu’ils mangent, boivent, respirent n’ont absolument aucun doute sur ce qui les attends ou ne les attends pas après leur mort et dont ils ne savent strictement rien. Dieu merci (sic) certains doutent de cela aussi. Et dans ce domaine, comme dans d’autres, le doute me semble être la seule posture raisonnable et responsable.
Qu’est-ce que je crois ? Je ne sais pas ! Qu’aimerais-je croire ? Peut-être que la mort ne serait que le réveil après un beau rêve qu’aurait été la vie. Et il me vient parfois des envies de me mettre à croire à la métempsycose. Je n’ai pas vraiment peur de la mort. Pour l’instant. Mais ce que je ne supporte pas c’est de ne plus vivre. Pire encore, que les autres continuent à vivre sans moi !
Nous ne devrions pas craindre la mort.(Je ne parle pas de disparition, qui est une question trop sérieuse pour être abordée ici.) Nous devrions y être habitués. Sans que cela ait une réelle importance, nous passons notre vie à mourir, de tout et de rien. De peur, de rire, de froid et de chaud, de faim et de soif, de fatigue, d’inquiétude, d’impatience, de curiosité, de sommeil, d’amour, de plaisir. De toutes ces morts, c’est cette dernière que je préfère. Celle que les italiens appelaient la petite mort. Celle qui par des glissements progressifs nous amène à ce point ultime du plaisir où toutes les fonctions vitales s’arrêtent. Pour 1/10 de seconde. Une éternité. Et qui nous laisse rompus, épuisés, comme morts. En ai-je redemandé de ces petites morts… Et aujourd’hui encore… Mais la date de péremption approche et la limite au-delà de laquelle…
Il me plairait bien que la Mort, la dernière, la vraie, soit un grand, un énorme orgasme cosmique ! S’il n’y a rien après, tout aura été dit. Et si des anges nous accueillent, profitons en bien ici-bas. Ils n’ont parait-il pas de sexe !
Pour paraphraser Voltaire, je mourrai avec une immense curiosité. Mais je ne suis pas pressé !

jeudi 3 septembre 2015

The men I loved

Dans ma jeunesse cinéphilique , j'avais un cœur d'artichaut. Je suis souvent tombé amoureux... Mais un nouvel amour ne m'a jamais empêché de continuer à aimer le précédent...
Je me souviens...