samedi 11 juillet 2015
De la Corrida...
La
mort rôde dans l'après-midi vers les 5 heures au-dessus des arènes
que le soleil partage entre ''sol y sombra''.
Là,
deux bêtes sublimes de beauté vont s'affronter dans un combat où
se mêleront l'amour, le sexe, le sang, la mort et qui se terminera
dans ce qu'une foule extatique voudra voir comme l'accomplissement
d'une beauté tragique à l'image de la vie et qui n'est finalement
qu'un assassinat programmé et un carnage sanglant.
Comment
deux créatures si belles prises séparément peuvent-elles en arriver à cela ?
D'un
côté le taureau, à qui on n'a rien demandé,divinité mythique,
vieille comme le monde, descendant d'Apis et du Minotaure, symbole de
fertilité, de force physique, de puissance sexuelle.
De
l'autre, le toréador. Beau, délicat, fragile, presque féminin.
Symbole sexuel lui aussi. Sa deuxième peau de lumière ne cache rien
de ce qui attire les regards, les convoitises, les désirs des
hommes, des femmes et du taureau vers lequel il s'avance cambré,
ventre offert au mufle et à la corne. L'ange de lumière contre la
noirceur de la bête. Et au centre de l'arène ''qui donc est le plus
seul, de l'homme et du taureau''?
On
évoque toujours la dimension sexuelle, érotique de la corrida. Mais
s'il y a Eros, il y a aussi Thanatos. Et que ce soit par l'épée ou
par la corne, tout se termine toujours par une pénétration
mortelle.
Je
ne mets pas de photo de mise à mort. Le taureau n'a pas demandé à
être là. Quant au toréador, il avait la possibilité de rester
chez lui. Et si c'est lui qui est pénétré, je pense que c'est la
foule qui a un orgasme!!!
L'exilé d'Ischia - I
Il
y a des moments où le temps parait s’être suspendu dans une sorte
de perfection. Où l’homme semble à sa juste place dans un monde
de beauté de sérénité, d’équilibre. C’est ce que je ressens
en cette fin d’après-midi du mois de sextilis. De la terrasse de
ma villa, face à la mer, allongé sur mon lit de repos je vois le
soleil descendre peu à peu vers l’horizon. Pas un souffle de vent,
une mer calme, plate sans trace d’écume, un ciel pur sans nuage ;
sauf quelques filaments qui semblent se précipiter vers l’endroit
où le soleil va plonger dans la Méditerranée pour m' offrir un
spectacle digne de la création du monde. Le silence est juste brisé
par le chant d’un couple de chardonnerets voletant dans une grande
volière derrière moi. Un monde tel que l’avaient voulu les dieux,
tel qu’ils l’avaient donné aux hommes ; mais que les hommes
avaient dévasté, saccagé, abreuvé de sang, réduit à leurs
ambitions et à leurs jouissances personnelles, fâchant ainsi les
dieux et les rendant sourds à leurs prières.
Un
bruit de sandales sur le sol en tuiles rouge m’annonce l’arrivée
d’un esclave venant allumer les torchères et m’apporter une
légère collation faite d’une carafe de vin rouge, de fromage de
chèvre, d’olives, le tout produits de mes terres autour de la
villa, et d'une miche de pain que le boulanger du village monte à la
villa à chaque fournée. C'est aussi le moment ou mon fils adoptif
Epaphrodite vient protéger mes vieux os de l’humidité qui monte
de la mer avec une chaude couverture de laine. Il s’installe à
côté de moi et nous devisons pendant une petite heure durant
laquelle j’essaye de lui transmettre le peu que j’ai appris
durant ma longue vie. 90 ans. A notre époque c’est presque un
début d’éternité. La proximité des thermes d’eaux chaudes et
sulfureuses de Casamicciola avait été une des raisons de mon
installation à Ischia et trois bains par semaine soulagent mes
rhumatismes et mes articulations rouillées.
Mais
en dehors de cela, j’ai toujours préféré Ischia à Capri. J’ai
été amené à y suivre plusieurs fois Tibère. Mais rapidement je
n’ai plus supporté, malgré le faste de son palais, les scènes de
torture, d’humiliation, d’assassinats dont j’ai été le témoin
; les jeunes éphèbes jetés du haut de la falaise dans la mer où
des pécheurs achevaient à coups de rames les survivants. La terreur
qu’inspirait Tibère ne s’imposait pas qu’aux capriotes, mais à
toute la cour qui le suivait. J’ai encore au fond de ma conscience
quelques actes de lâcheté dont je ne me suis jamais totalement
remis. La peur explique beaucoup de comportements mais n’en
justifie aucun, la bassesse du courtisan moins qu’un autre. Et les
cinq empereurs sous lesquels j’ai vécu ont, à part Auguste, usé
et abusé de la terreur et ne représentent pas la période la plus
glorieuse de l'histoire de Rome. Tibère tué par Caligula et
l’ignoble Macron, préfet du prétoire, Caligula, assassiné par sa
garde, Claude, empoisonné par sa femme Agrippine. Je ne vois pas
comment notre imperator actuel, Néron, pourrait également échapper
à une fin violente…
Au
soir de ma vie, j’essaye d’expliquer à Epaphrodite comment j’en
suis arrivé à cette soirée sur la terrasse de ma villa ischiote.
Jeune,
je n'ai pas aimé la jeunesse, le goût ne m'en est venu que plus
tard. Et je n'ai pas aimé ma jeunesse sous la férule d'un père
aussi puissant qu'autoritaire, pater familias
d'une des plus vieilles familles patriciennes. Il était une des voix
très écoutée du Sénat. Il possédait de vastes propriétés en
Ombrie et une fortune tout aussi considérable. En tant que fils
unique il m'a donné l'éducation qu'il croyait nécessaire pour
faire de moi son digne héritier. Mes premières leçons me furent
données dans notre villa ombrienne par un précepteur grec, je lui dois mon amour de ce pays. Il était aidé par
un esclave instruit, mon pédagogue. Je m'attachais très vite à ce
pédagogue. Il devait avoir 25 ans, était doux, patient et pétri de
culture grecque. Je n'ai jamais connu son nom, on ne l'appelait que
Servus.
A
12 ans mon père m'envoya dans le meilleur lyceum
de Rome pour parfaire mon éducation, J'y développai ma passion pour la
Grèce. Alexandre et Alcibiade plus que César et Marc Antoine, plus
Socrate que Cicéron, plus Homère que Virgile et ce au détriment
des exercices physiques et instruction militaire, Je rentrai tous les
étés dans notre villa d'Ombrie . L'été de mes quinze ans je
fus, probablement sur l'ordre de mon père, déniaisé par une
servante de ma mère. Je n'en ressentis qu'un plaisir médiocre et
mon père en éprouva plus de fierté que moi. Mais les plaisirs que Servus me fit découvrir dans la piscine de
nos thermes au retour d'une longue promenade me comblèrent tout
autrement. Je ne sais comment mon père fut mis au courant. Que
j'eusse pris du plaisir dans les bras d'un homme était accessoire
que ce le fut dans ceux d'un esclave ne l'était pas. La sanction fut
immédiate. Dix coups de férule pour moi ! Mais mon Servus y
perdit la vie. De ce jour date mon aversion pour toute forme de
rejet, d'exclusion, d'ostracisme à l'égard de toute différence. Et
la disparition de toute affection pour mon père.
Mon
destin bascula grâce à l'empereur Auguste.
jeudi 9 juillet 2015
Abécédaire E comme Ecriture...
...Comme
écriture, écrit, écrivain. C’est un bien mystérieux triangle
qui unit celui qui écrit, celui qui lit et celui qui, reliant les
deux premiers, leur donne existence, le mot. Entre les trois coule
l’encre, sang noir de l’écriture. Lien mystérieux. Celui qui
écrit n’existe que par celui qui le lit. Le lecteur n’existe que
par l’écrit. Et au centre le mot qui donne vie aux deux autres et
sans qui le stylo resterait vide, la page blanche et l’œil inerte.
J’aurais
pu dire M comme ‘’mot’’, mais dans mon abécédaire, M est
déjà réservé à un autre mot…
Scribe,
copiste, écrivain public ; celui qui écrit pour ceux qui ne savent
pas écrire.
Romancier,
poète, philosophe, conteur…écrivains qui écrivent pour ceux qui
ne savent pas écrire.
Nous
portons tous en nous, paraît-il, un roman. J’en ai porté un… Il
ne verra jamais le jour. J’ai trop le sens de la beauté et du
ridicule. J’ai de plus l’écriture laborieuse et douloureuse. Et
je n’ai jamais eu le souffle d’un coureur de fond ! Ni même d’un
sprinter ; au bout de quelques mètres je suis vidé. D’où mon
exacerbation pour les écrits des autres.
Nous
sommes, en tout cas moi, le produit de nos lectures, des écrits, des
écrivains que nous avons aimés. Ma bibliothèque intérieure
déborde de livres et de reconnaissance pour leurs auteurs et ceux
qui m’ont conseillé au départ avant de me laisser la bride sur le
cou.
Quand
je me retourne je peux presque me souvenir des lieux et des
circonstances dans lesquels je les ai lus. La comtesse de Ségur,
Alexandre Dumas et Paul Féval, Sartre et Camus, Mauriac, Maurois,
Gide, Cocteau, Montherlant, Paul Benoit, Roger Martin du Gard, Hugo,
Musset, Baudelaire, Laitréamont, ‘’Venez à moi Apollinaire et
Rimbaud avec l’ami de ma joie Charles Cros’’, Sagan, Laurent
(pas Jacques mais Cecil Saint..), Hemingway, Christopher Isherwood,
les sœurs Brontë, Lemmy Caution, Hercule Poirot, Sherlock Holmes et
Arsène Lupin, Maurice Druon, Romain Gary… Plus tous les autres que
j’ai honte d’avoir oubliés… Mais j’arrive à bout de souffle
!
Il
y en a certains que je n’ai pas aimés. Beaucoup même ! Je n’en
parlerai pas car comme le disait le philosophe Lucien Jerphagnon,
que l’on complimentait sur la clarté de sa pensée et de son style
:’’On n’a pas le droit d’emmerder quelqu’un qui ne vous a
rien fait’’…
samedi 4 juillet 2015
Hammams
Bouche
d’ombre, puits de lumière. Chaleur et moiteur. Corps offert à la
vapeur émolliente qui libère le corps des scories de la ville et
récompense de la calebasse d’eau fraîche puisée dans la vasque
en pierre creusée. Sous les voûtes se mêlent les sons. L’eau qui
coule. Quelque part la mélodie d’une chanson d’Oum Khaltoum.
Parfois le claquement sec d’une main sur un dos soumis au plaisir
trouble du rite du massage. Purification des peaux. Abandon des
corps, alanguissement des âmes. Semi endormissement au bord d’un
bassin avec juste sur le ventre une serviette que l’on enlèvera
pour plonger et laver le corps de tout ce que les pores de la peau
auront exsudé. Mais l’engourdissement du corps n’empêche pas
que l’esprit reste en éveil. Attentif aux bruits furtifs qui
l’entourent. Glissement des pieds sur le carrelage. Casserole que
l’on plonge dans la fontaine et bruit de l’eau qui tombe en
cascade sur le sol. Grognement au plaisir du corps surpris par le
froid. Conversations à voix basse soudainement interrompues. Le thé
partagé. Dans l’obscurité des salles voisines on devine des
regards qui observent. Des corps se déplacent le souffle lourd de
poumons écrasés par la touffeur de l’air ; s’assoient,
s’allongent près de vous avec cette impudeur équivoque des hommes
entre eux.
Ces
endroits n’ont rien à voir avec nos saunas occidentaux ou les spas
des hôtels 5 étoiles.
Ce
sont les derniers hammams du Caire où les cairotes perpétuent leur
tradition plus que millénaire. Leur temps est compté. Peu à peu
la lèpre ronge sur les murs, éparpillées, les anciennes splendeurs
des zelliges.
Photos
Pascal Meunier
jeudi 2 juillet 2015
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