mardi 27 octobre 2015

Abécédaire - F comme Foi


… comme Foi. Au départ je voulais faire quelque chose sur le Doute. Mais le D était déjà utilisé par le mot Désordre. Quoique le désordre et le doute ne soient pas sans relation. Allons-y donc pour la foi.

Je n’ai rien contre la Foi, les croyances. Ce qui me gêne, ce sont les actes de foi qu’on nous demande pour accéder à la Vérité. Sois beau, belle et crois ! Un jour tu comprendras !

Et pourtant on doute de tout. De la fidélité de son conjoint, de son garagiste, de ce que l’on a dans son assiette, de la qualité de l’eau, de l’air qu’on respire, des prévisions météo, des hommes politiques et de leurs promesses, des histoires et des serments d’amour, de la pérennité de son boulot, de la possibilité de retrouver un job, de l’avenir de ses enfants… la liste est longue.

Mais dès qu’on aborde le domaine de la foi, des croyances religieuses, plus de place pour le doute. Dieu existe ! Non ! Il y a une vie après la mort ! Non, on retourne au néant ! Ces affirmations sont assénées avec d’autant plus de force que ni les uns, ni les autres n’ont le plus petit début d’un commencement de preuve et ne sont pas près d’en avoir un ! Intégristes religieux et fanatiques athées unissez-vous ! Ces certitudes sont à l’origine de la plupart de nos emmerdements. S’ils doutaient un peu plus les hommes feraient sans doute moins de conneries.

‘’Je suis car je doute’’… Personnellement je me méfie de ceux qui ne doutent de rien, surtout pas d’eux-mêmes !

samedi 24 octobre 2015

Hommes

Vince Taylor - Photo Sam Levin

La rencontre Proust - Joyce : un rendez-vous raté


Le 18 mai 1922, les deux écrivains assistaient à un dîner mondain donné, au Majestic, par les mécènes Sydney et Violet Schiff  en l'honneur de Stravinsky, de Diaghilev et des membres des Ballets russes, pour fêter la première du ''Renard'' de Stravinsky.
Joyce, qui arriva en retard, n'était pas en habit, et Proust garda son manteau de fourrure toute la soirée.
Ce qui se passa quand on les présenta fut rapporté plus tard par Joyce à l'un de ses amis:
"Notre conversation s'est résumée au mot "non". Proust m'a demandé si je connaissais le duc d' Untel. J'ai répondu "non". Notre hôtesse a demandé à Proust s' il avait lu telle ou telle partie de Ulysse. Proust a répondu "non". Et ainsi de suite."
Après le dîner, Proust monta dans son taxi avec ses hôtes, Violet et Sydney Schiff. Sans rien demander, Joyce se joignit à eux. Son premier geste fut d'ouvrir la fenêtre et son second d'allumer une cigarette, deux gestes qui pour Proust pouvaient se révéler mortels. Pendant le trajet, Joyce observa Proust sans prononcer une parole, tandis que celui-ci bavardait sans arrêt mais n'adressait pas un mot à Joyce. Lorsqu'ils arrivèrent à son appartement, rue Hamelin, Proust prit Schiff à part et le pria de demander à Mr Joyce d'accepter que le taxi le ramène chez lui.
Ce que fit le taxi. Les deux hommes ne devaient jamais se revoir.
Si l' anecdote a un côté absurde, c'est parce qu'on pense à ce que les deux écrivains auraient pu se dire. Il n'est pas rare qu'une conversation finisse en cul-de-sac, mais il est plus surprenant et beaucoup plus regrettable que cela se produise entre les auteurs de Ulysse et d' A la recherche du temps perdu quand ils se retrouvent sous les lustres du Majestic.