dimanche 4 août 2019

Demain sur votre écran - Flash Gordon - Mission vers Mars


Aprés "Les soldats de l'espace" où Flash Gordon a déjà sauvé notre planète celle ci est de nouveau menacée par un terrible rayon mortel qui pourrait entrainer sa destruction.
Flash Gordon et ses amis doivent vite partir à la recherche de ceux qui sont prêts à commettre l’irréparable…
De nouvelles aventures intergalactiques où nos héros devront faire face à la terrible Reine Azura et au maléfique Empereur Ming !

Août opératique 4 - Leyla Gencer - Coppia iniqua - Anna Bolena - G. Donizetti


Et si Leyla Gencer, soprano turque (1928-2008), plutôt que Renata Tebaldi, avait été la véritable rivale de Maria Callas... Comme cette dernière, elle est remarquable par sa voix exceptionnelle, ses dons d'actrice et son engagement dramatique, son répertoire, sa personnalité explosive et son caractère tout autant ombrageux.
Prise entre l'incandescente trajectoire de Maria Callas et la parfaite épure musicale dessinée par Renata Tebaldi, Leyla Gencer ne s'est jamais mêlée à ce duel au sommet. Il faut dire que cette ''orientale musulmane'' comme elle se définissait a toujours voulu protéger une vie privée qu'elle refusait de jeter en pâture à la presse.
Si elle a mené une très brillante carrière sur les planches, elle a été scandaleusement ignorée par les grandes maisons de disques et les producteurs. Walter Legge, le tout puissant producteur de EMI, qui avait sous contrat Maria Callas a-t-il œuvré en ce sens pour protéger sa vedette???
Le fait est qu'il n'existe aucun enregistrement en studio, aucune captation vidéo digne de ce nom et que les prestations de Leyla Gencer ne nous sont parvenues que grâce à des enregistrements radio ou à des prises sur le vif, ce qui lui a valu le joli surnom de ''fiancée des pirates'', mais ces enregistrements effectués dans de conditions souvent sommaires ne rendent pas justice à l'un des plus évidents tempéraments dramatiques de sa génération.

samedi 3 août 2019

Août opératique 3 - Alain Vanzo "Fantaisie ô divin mensonge ' Lakmé - Léo Delibes


Y avait-il une vie avant Pavarotti ? On pouvait se le demander tant il a écrasé la scène lyrique de sa puissance vocale, médiatique et... physique. Et pourtant bien sûr qu’il y a eu une vie et magnifique…
Prenons par exemple Alain Vanzo qui est considéré comme le plus grand ténor français de la seconde moitié du XXème siècle. Il faisait figure d’héritier de Georges Thill dans une tradition française illustrée par José Luccioni avant lui et après lui par Roberto Alagna. Ce fut un des rares ténors français de renommée internationale dans l’après guerre. Alain Vanzo correspond le mieux à ce que pouvait être l'art du ténor français ! Le respect du texte est parfait avec un phrasé idéal et un art du chant refusant tout effet vocal et permettant les nuances les plus subtiles ...
Léo Delibes Lakmé ‘’Fantaisie ô divin mensonge’’, air de Gérald.

vendredi 2 août 2019

Août sera opéra 2 - Cavalleria rusticana - P. Mascagni - Innegiamo...


Cavalleria rusticana… Opéra en un acte, mais condensé, resserré. Pas une note de trop, un livret qui ne s’embarrasse pas de fioritures, qui va directement à l’essentiel, une tension dramatique qui ne faiblit pas sous le soleil écrasant de la Sicile qui exacerbe les passions amoureuses et l’exaltation religieuse qui culmine dans le superbe choeur de la procession du Vendredi Saint,
Ici la belle version filmée de Franco Zeffirelli.
A demain si vous le voulez bien.


jeudi 1 août 2019

Août sera opéra 1 - Waltraud Meier - La mort d'Isolde - R. Wagner


Août sera opératique. Une balade parmi les opéras, les films, les voix, les choeurs… en essayant de sortir un peu des sentiers battus. 
L’opéra est un art qui fait peur à beaucoup. Et pourtant j’en connais qui, réticents au départ, ont fini par être chipés pour. Si à la fin de ce mois quelques uns changent d’avis, tant mieux pour eux, de grands plaisirs les attendent.
Pour commencer, Richard Wagner qui rebute même certains lyricomaniaques… Et pourtant ! ‘’La mort d’Isolde’’ est un pur moment d’émotion. Et là c’est Waltraud Meier, wagnérienne s’il en fut et peut-être la plus belle Isolde avec K. Flagstad et B. Nilsson, qui chante. 
Cette vidéo captée en 1999 au festival de Bayreuth est débarrassée de tout ce qui pourrait distraire du chant, mise en scène, plans de coupe, mouvements de caméra… Il n’y a que son beau visage, sa voix somptueuse et la musique sublime de Wagner.
A demain si vous le voulez bien.


jeudi 18 juillet 2019

le mystère de la chambre jaune - ch.29 et fin - Le mystère de Mlle Stangerson


XXIX
Le mystère de Mlle Stangerson 


 
  Les jours suivants, j’eus l’occasion de lui demander encore ce qu’il était allé faire en Amérique. Il ne me répondit guère d’une façon plus précise qu’il ne l’avait fait dans le train de Versailles, et il détourna la conversation sur d’autres points de l’affaire. Il finit, un jour, par me dire : 
  - Mais comprenez donc que j’avais besoin de connaître la véritable personnalité de Larsan ! 
  – Sans doute, fis-je, mais pourquoi alliez-vous la chercher en Amérique ? …  
  Il fuma sa pipe et me tourna le dos. Évidemment, je touchais au « mystère de Mlle Stangerson ». Rouletabille avait pensé que ce mystère, qui liait d’une façon si terrible Larsan à Mlle Stangerson, mystère dont il ne trouvait, lui, Rouletabille, aucune explication dans la vie de Mlle Stangerson, « en France », il avait pensé, dis-je, que ce mystère « devait avoir son origine dans la vie de Mlle Stangerson, en Amérique ». Et il avait pris le bateau ! Là-bas, il apprendrait qui était ce Larsan, il acquerrait les matériaux nécessaires à lui fermer la bouche… Et il était parti pour Philadelphie ! Et maintenant, quel était ce mystère qui avait « commandé le silence » à Mlle Stangerson et à M. Robert Darzac ? 
  Au bout de tant d’années, après certaines publications de la presse à scandale, maintenant que M. Stangerson sait tout et a tout pardonné, on peut tout dire. C’est, du reste, très court, et cela remettra les choses au point, car il s’est trouvé de tristes esprits pour accuser Mlle Stangerson qui, en toute cette sinistre affaire, fut toujours victime, « depuis le commencement ». 
  Le commencement remontait à une époque lointaine où, jeune fille, elle habitait avec son père à Philadelphie. Là, elle fit la connaissance, dans une soirée, chez un ami de son père, d’un compatriote, un Français qui sut la séduire par ses manières, son esprit, sa douceur et son amour. On le disait riche. Il demanda la main de Mlle Stangerson au célèbre professeur. Celui-ci prit des renseignements sur M. Jean Roussel, et, dès l’abord, il vit qu’il avait affaire à un chevalier d’industrie. Or, M. Jean Roussel, vous l’avez deviné, n’était autre qu’une des nombreuses transformations du fameux Ballmeyer, poursuivi en France, réfugié en Amérique. Mais M. Stangerson n’en savait rien ; sa fille non plus. Celle-ci ne devait l’apprendre que dans les circonstances suivantes : M. Stangerson avait, non seulement refusé la main de sa fille à M. Roussel, mais encore il lui avait interdit l’accès de sa demeure. La jeune Mathilde, dont le cœur s’ouvrait à l’amour, et qui ne voyait rien au monde de plus beau ni de meilleur que son Jean, en fut outrée. Elle ne cacha point son mécontentement à son père qui l’envoya se calmer sur les bords de l’Ohio, chez une vieille tante qui habitait Cincinnati. Jean rejoignit Mathilde là-bas et, malgré la grande vénération qu’elle avait pour son père, Mlle Stangerson résolut de tromper la surveillance de la vieille tante, et de s’enfuir avec Jean Roussel, bien décidés qu’ils étaient tous les deux à profiter des facilités des lois américaines pour se marier au plus tôt. Ainsi fut fait. Ils fuirent donc, pas loin, jusqu’à Louisville. 
  Là, un matin, on vint frapper à leur porte. C’était la police qui désirait arrêter M. Jean Roussel, ce qu’elle fit, malgré ses protestations et les cris de la fille du professeur Stangerson. En même temps, la police apprenait à Mathilde que « son mari » n’était autre que le trop fameux Ballmeyer ! … Désespérée, après une vaine tentative de suicide, Mathilde rejoignit sa tante à Cincinnati. Celle-ci faillit mourir de joie de la revoir. Elle n’avait cessé, depuis huit jours, de faire rechercher Mathilde partout, et n’avait pas encore osé avertir le père. Mathilde fit jurer à sa tante que M. Stangerson ne saurait jamais rien ! C’est bien ainsi que l’entendait la tante, qui se trouvait coupable de légèreté dans cette si grave circonstance. 
  Mlle Mathilde Stangerson, un mois plus tard, revenait auprès de son père, repentante, le cœur mort à l’amour, et ne demandant qu’une chose : ne plus jamais entendre parler de son mari, le terrible Ballmeyer – arriver à se pardonner sa faute à elle-même, et se relever devant sa propre conscience par une vie de travail sans borne et de dévouement à son père ! Elle s’est tenue parole. Cependant, dans le moment où, après avoir tout avoué à M. Robert Darzac, alors qu’elle croyait Ballmeyer défunt, car le bruit de sa mort avait courut, elle s’était accordée la joie suprême, après avoir tant expié, de s’unir à un ami sûr, le destin lui avait ressuscité Jean Roussel, le Ballmeyer de sa jeunesse ! Celui-ci lui avait fait savoir qu’il ne permettrait jamais son mariage avec M. Robert Darzac et qu’ « il l’aimait toujours ! » ce qui, hélas ! était vrai. Mlle Stangerson n’hésita pas à se confier à M. Robert Darzac ; elle lui montra cette lettre où Jean Roussel-Frédéric Larsan-Ballmeyer lui rappelait les premières heures de leur union dans ce petit et charmant presbytère qu’ils avaient loué à Louisville : « … Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat. » Le misérable se disait riche et émettait la prétention « de la ramener là-bas » ! Mlle Stangerson avait déclaré à M. Darzac que, si son père arrivait à soupçonner un pareil déshonneur, « elle se tuerait » ! M. Darzac s’était juré qu’il ferait taire cet Américain, soit par la terreur, soit par la force, dût-il commettre un crime ! Mais M. Darzac n’était pas de force, et il aurait succombé sans ce brave petit bonhomme de Rouletabille. Quant à Mlle Stangerson, que vouliez-vous qu’elle fît, en face du monstre ? Une première fois, quand, après des menaces préalables qui l’avaient mise sur ses gardes, il se dressa devant elle, dans la «Chambre Jaune», elle essaya de le tuer. Pour son malheur, elle n’y réussit pas. Dès lors, elle était la victime assurée de cet être invisible « qui pouvait la faire chanter jusqu’à la mort », qui habitait chez elle, à ses côtés, sans qu’elle le sût, qui exigeait des rendez-vous « au nom de leur amour ». La première fois, elle lui avait « refusé » ce rendez-vous, « réclamé dans la lettre du bureau 40 » ; il en était résulté le drame de la «Chambre Jaune». La seconde fois, avertie par une nouvelle lettre de lui, lettre arrivée par la poste, et qui était venue la trouver normalement dans sa chambre de convalescente, « elle avait fui le rendez-vous », en s’enfermant dans son boudoir avec ses femmes. Dans cette lettre, le misérable l’avait prévenue, que, puisqu’elle ne pouvait se déranger, « vu son état », il irait chez elle, et serait dans sa chambre telle nuit, à telle heure… qu’elle eût à prendre toute disposition pour éviter le scandale… Mathilde Stangerson, sachant qu’elle avait tout à redouter de l’audace de Ballmeyer, « lui avait abandonné sa chambre »… Ce fut l’épisode de la « galerie inexplicable ». La troisième fois, elle avait « préparé le rendez-vous ». C’est qu’avant de quitter la chambre vide de Mlle Stangerson, la nuit de la « galerie inexplicable », Larsan lui avait écrit, comme nous devons nous le rappeler, une dernière lettre, dans sa chambre même, et l’avait laissée sur le bureau de sa victime ; cette lettre exigeait un rendez-vous « effectif » dont il fixa ensuite la date et l’heure, « lui promettant de lui rapporter les papiers de son père, et la menaçant de les brûler si elle se dérobait encore ». Elle ne doutait point que le misérable n’eût en sa possession ces papiers précieux ; il ne faisait là sans doute que renouveler un célèbre larcin, car elle le soupçonnait depuis longtemps d’avoir, « avec sa complicité inconsciente », volé lui-même, autrefois, les fameux papiers de Philadelphie, dans les tiroirs de son père ! … Et elle le connaissait assez pour imaginer que si elle ne se pliait point à sa volonté, tant de travaux, tant d’efforts, et tant de scientifiques espoirs ne seraient bientôt plus que de la cendre ! … 
  Elle résolut de le revoir une fois encore, face à face, cet homme qui avait été son époux… et de tenter de le fléchir… puisqu’elle ne pouvait l’éviter ! … On devine ce qui s’y passa… Les supplications de Mathilde, la brutalité de Larsan… Il exige qu’elle renonce à Darzac… Elle proclame son amour… Et il la frappe… « avec la pensée arrêtée de faire monter l’autre sur l’échafaud ! » car il est habile, lui, et le masque Larsan qu’il va se reposer sur la figure, le sauvera… pense-t-il… tandis que l’autre… l’autre ne pourra pas, cette fois encore, donner l’emploi de son temps… De ce côté, les précautions de Ballmeyer sont bien prises… et l’inspiration en a été des plus simples, ainsi que l’avait deviné le jeune Rouletabille… Larsan fait chanter Darzac comme il fait chanter Mathilde… avec les mêmes armes, avec le même mystère… Dans des lettres, pressantes comme des ordres, il se déclare prêt à traiter, à livrer toute la correspondance amoureuse d’autrefois et surtout « à disparaître… » si on veut y mettre le prix… Darzac doit aller aux rendez-vous qu’il lui fixe, sous menace de divulgation dès le lendemain, comme Mathilde doit subir les rendez-vous qu’il lui donne… Et, dans l’heure même que Ballmeyer agit en assassin auprès de Mathilde, Robert débarque à Épinay, où un complice de Larsan, un être bizarre, « une créature d’un autre monde », que nous retrouverons un jour, le retient de force, et « lui fait perdre son temps, en attendant que cette coïncidence, dont l’accusé de demain ne pourra se résoudre à donner la raison, lui fasse perdre la tête… » Seulement, Ballmeyer avait compté sans notre Joseph Rouletabille ! * Ce n’est pas à cette heure que voilà expliqué « le mystère de la Chambre Jaune, que nous suivrons pas à pas Rouletabille en Amérique. Nous connaissons le jeune reporter, nous savons de quels moyens puissants d’information, logés dans les deux bosses de son front, il disposait « pour remonter toute l’aventure de Mlle Stangerson et de Jean Roussel ». À Philadelphie, il fut renseigné tout de suite en ce qui concernait Arthur-William Rance ; il apprit son acte de dévouement, mais aussi le prix dont il avait gardé la prétention de se le faire payer. Le bruit de son mariage avec Mlle Stangerson avait couru autrefois les salons de Philadelphie… Le peu de discrétion du jeune savant, la poursuite inlassable dont il n’avait cessé de fatiguer Mlle Stangerson, même en Europe, la vie désordonnée qu’il menait sous prétexte de « noyer ses chagrins », tout cela n’était point fait pour rendre Arthur Rance sympathique à Rouletabille, et ainsi s’explique la froideur avec laquelle il l’accueillit dans la salle des témoins. Tout de suite il avait du reste jugé que l’affaire Rance n’entrait point dans l’affaire Larsan-Stangerson. Et il avait découvert le flirt formidable Roussel-Mlle Stangerson. Qui était ce Jean Roussel ? Il alla de Philadelphie à Cincinnati, refaisant le voyage de Mathilde. À Cincinnati, il trouva la vieille tante et sut la faire parler : l’histoire de l’arrestation de Ballmeyer lui fut une lueur qui éclaira tout. Il put visiter, à Louisville, le « presbytère » – une modeste et jolie demeure dans le vieux style colonial – qui n’avait en effet « rien perdu de son charme ». Puis, abandonnant la piste de Mlle Stangerson, il remonta la piste Ballmeyer, de prison en prison, de bagne en bagne, de crime en crime ; enfin, quand il reprenait le bateau pour l’Europe sur les quais de New-York, Rouletabille savait que, sur ces quais mêmes, Ballmeyer s’était embarqué cinq ans auparavant, ayant en poche les papiers d’un certain Larsan, honorable commerçant de la Nouvelle-Orléans, qu’il venait d’assassiner… Et maintenant, connaissez-vous tout le mystère de Mlle Stangerson ? Non, pas encore. Mlle Stangerson avait eu de son mari Jean Roussel un enfant, un garçon. Cet enfant était né chez la vieille tante qui s’était si bien arrangée que nul n’en sut jamais rien en Amérique. Qu’était devenu ce garçon ? Ceci est une autre histoire que je vous conterai un jour. * Deux mois environ après ces événements, je rencontrai Rouletabille assis mélancoliquement sur un banc du palais de justice. 
  - Eh bien ! lui dis-je, à quoi songez-vous, mon cher ami ? Vous avez l’air bien triste. Comment vont vos amis ? 
  – En dehors de vous, me dit-il, ai-je vraiment des amis ? 
  – Mais j’espère que M. Darzac… 
  – Sans doute… 
  – Et que Mlle Stangerson… Comment va-t-elle, Mlle Stangerson ? … 
  – Beaucoup mieux… mieux… beaucoup mieux… 
  – Alors il ne faut pas être triste… 
  – Je suis triste, fit-il, parce que je songe au parfum de la dame en noir… 
  – le parfum de la dame en noir ! Je vous en entends toujours parler ! M’expliquerez-vous, enfin, pourquoi il vous poursuit avec cette assiduité ? 
  – Peut-être, un jour… un jour, peut-être… fit Rouletabille. 
  Et il poussa un gros soupir. 

Fin du "Mystère de la chambre jaune" . Les dernières zones d'ombre seront expliquées dans " Le parfum de la dame en noir"... bientôt... 

mercredi 17 juillet 2019

Le mystère de la chambre jaune - ch. 28 - Où il est prouvé qu’on ne pense pas toujours à tout


XXVIII
Où il est prouvé qu’on ne pense pas toujours à tout



  Gros émoi, murmures, bravos ! Maître Henri-Robert déposa des conclusions tendant à ce que l’affaire fût renvoyée à une autre session pour supplément d’instruction ; le ministère public luimême s’y associa. L’affaire fut renvoyée. Le lendemain, M. Robert Darzac était remis en liberté provisoire, et le père Mathieu bénéficiait « d’un non-lieu » immédiat. 
  On chercha vainement Frédéric Larsan. La preuve de l’innocence était faite. M. Darzac échappa enfin à l’affreuse calamité qui l’avait, un instant, menacé, et il put espérer, après une visite à Mlle Stangerson, que celle-ci recouvrerait un jour, à force de soins assidus, la raison. 
  Quant à ce gamin de Rouletabille, il fut, naturellement, « l’homme du jour » ! À sa sortie du palais de Versailles, la foule l’avait porté en triomphe. Les journaux du monde entier publièrent ses exploits et sa photographie ; et lui, qui avait tant interviewé d’illustres personnages, fut illustre et interviewé à son tour ! Je dois dire qu’il ne s’en montra pas plus fier pour ça ! Nous revînmes de Versailles ensemble, après avoir dîné fort gaiement au « Chien qui fume ». Dans le train, je commençai à lui poser un tas de questions qui, pendant le repas, s’étaient pressées déjà sur mes lèvres et que j’avais tues toutefois parce que je savais que Rouletabille n’aimait pas travailler en mangeant. 
  - Mon ami, fis-je, cette affaire de Larsan est tout à fait sublime et digne de votre cerveau héroïque.      
  Ici il m’arrêta, m’invitant à parler plus simplement et prétendant qu’il ne se consolerait jamais de voir qu’une aussi belle intelligence que la mienne était prête à tomber dans le gouffre hideux de la stupidité, et cela simplement à cause de l’admiration que j’avais pour lui… 
  - Je viens au fait, fis-je, un peu vexé. Tout ce qui vient de se passer ne m’apprend point du tout ce que vous êtes allé faire en Amérique. Si je vous ai bien compris : quand vous êtes parti la dernière fois du Glandier, vous aviez tout deviné de Frédéric Larsan ? … Vous saviez que Larsan était l’assassin et vous n’ignoriez plus rien de la façon dont il avait tenté d’assassiner ? 
  – Parfaitement. Et vous, fit-il, en détournant la conversation, vous ne vous doutiez de rien ? 
  – De rien ! 
  – C’est incroyable. 
  – Mais, mon ami… vous avez eu bien soin de me dissimuler votre pensée et je ne vois point comment je l’aurais pénétrée… Quand je suis arrivé au Glandier avec les revolvers, « à ce moment précis », vous soupçonniez déjà Larsan ? 
  – Oui ! Je venais de tenir le raisonnement de la « galerie inexplicable ! » mais le retour de Larsan dans la chambre de Mlle Stangerson ne m’avait pas encore été expliqué par la découverte du binocle de presbyte… Enfin, mon soupçon n’était que mathématique, et l’idée de Larsan assassin m’apparaissait si formidable que j’étais résolu à attendre des « traces sensibles » avant d’oser m’y arrêter davantage. Tout de même cette idée me tracassait, et j’avais parfois une façon de vous parler du policier qui eût dû vous mettre en éveil. D’abord je ne mettais plus du tout en avant « sa bonne foi » et je ne vous disais plus « qu’il se trompait ». Je vous entretenais de son système comme d’un misérable système, et le mépris que j’en marquais, qui s’adressait dans votre esprit au policier, s’adressait en réalité, dans le mien, moins au policier qu’au bandit que je le soupçonnais d’être !... Rappelez-vous… quand je vous énumérais toutes les preuves qui s’accumulaient contre M. Darzac, je vous disais : « Tout cela semble donner quelque corps à l’hypothèse du grand Fred. C’est, du reste, cette hypothèse, que je crois fausse, qui l’égarera… » et j’ajoutais sur un ton qui eût dû vous stupéfier : « Maintenant, cette hypothèse égare-t-elle réellement Frédéric Larsan ? Voilà ! Voilà ! Voilà ! … » Ces « voilà ! » eussent dû vous donner à réfléchir ; il y avait tout mon soupçon dans ces « Voilà ! » Et que signifiait : « égare-t-elle réellement ? » sinon qu’elle pouvait ne pas l’égarer, lui, mais qu’elle était destinée à nous égarer, nous ! Je vous regardais à ce moment et vous n’avez pas tressailli, vous n’avez pas compris… J’en ai été enchanté, car, jusqu’à la découverte du binocle, je ne pouvais considérer le crime de Larsan que comme une absurde hypothèse… Mais, après la découverte du binocle qui m’expliquait le retour de Larsan dans la chambre de Mlle Stangerson… voyez ma joie, mes transports… Oh ! Je me souviens très bien ! Je courais comme un fou dans ma chambre et je vous criais : « Je roulerai le grand Fred ! je le roulerai d’une façon retentissante ! » Ces paroles s’adressaient alors au bandit. Et, le soir même, quand, chargé par M. Darzac de surveiller la chambre de Mlle Stangerson, je me bornai jusqu’à dix heures du soir à dîner avec Larsan sans prendre aucune mesure autre, tranquille parce qu’il était là, en face de moi ! à ce moment encore, cher ami, vous auriez pu soupçonner que c’était seulement cet homme-là que je redoutais… Et quand je vous disais, au moment où nous parlions de l’arrivée prochaine de l’assassin : « Oh ! je suis bien sûr que Frédéric Larsan sera là cette nuit ! … » « Mais il y a une chose capitale qui eût pu, qui eût dû nous éclairer tout à fait et tout de suite sur le criminel, une chose qui nous dénonçait Frédéric Larsan et que nous avons laissée échapper, vous et moi ! … 
  - Auriez-vous donc oublié l’histoire de la canne ? 
  - Oui, en dehors du raisonnement qui, pour tout « esprit logique », dénonçait Larsan, il y avait l’ « histoire de la canne » qui le dénonçait à tout « esprit observateur ». 
  - J’ai été tout à fait étonné – apprenez-le donc – qu’à l’instruction, Larsan ne se fût pas servi de la canne contre M. Darzac. Est-ce que cette canne n’avait pas été achetée le soir du crime par un homme dont le signalement répondait à celui de M. Darzac ? Eh bien, tout à l’heure, j’ai demandé à Larsan lui-même, avant qu’il prît le train pour disparaître, je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas usé de la canne. Il m’a répondu qu’il n’en avait jamais eu l’intention ; que, dans sa pensée, il n’avait jamais rien imaginé contre M. Darzac avec cette canne et que nous l’avions fort embarrassé, le soir du cabaret d’Épinay, en lui prouvant qu’il nous mentait ! Vous savez qu’il disait qu’il avait eu cette canne à Londres ; or, la marque attestait qu’elle était de Paris ! Pourquoi, à ce moment, au lieu de penser : « Fred ment ; il était à Londres ; il n’a pas pu avoir cette canne de Paris, à Londres ? » ; Pourquoi ne nous sommes-nous pas dit : « Fred ment. Il n’était pas à Londres, puisqu’il a acheté cette canne à Paris ! » Fred menteur, Fred à Paris, au moment du crime ! C’est un point de départ de soupçon, cela ! Et quand, après votre enquête chez Cassette, vous nous apprenez que cette canne a été achetée par un homme qui est habillé comme M. Darzac, alors que nous sommes sûrs, d’après la parole de M. Darzac lui-même, que ce n’est pas lui qui a acheté cette canne, alors que nous sommes sûrs, grâce à l’histoire du bureau de poste 40, qu’il y a à Paris un homme qui prend la silhouette Darzac, alors que nous nous demandons quel est donc cet homme qui, déguisé en Darzac, se présente le soir du crime chez Cassette pour acheter une canne que nous retrouvons entre les mains de Fred, comment ? comment ? comment ne nous sommes-nous pas dit un instant : « Mais… mais… mais… cet inconnu déguisé en Darzac qui achète une canne que Fred a entre les mains, … si c’était… si c’était… Fred lui-même ? … » Certes, sa qualité d’agent de la Sûreté n’était point propice à une pareille hypothèse ; mais, quand nous avions constaté l’acharnement avec lequel Fred accumulait les preuves contre Darzac, la rage avec laquelle il poursuivait le malheureux… nous aurions pu être frappés par un mensonge de Fred aussi important que celui qui le faisait entrer en possession, à Paris, d’une canne qu’il ne pouvait avoir eue à Londres. Même, s’il l’avait trouvée à Paris, le mensonge de Londres n’en existait pas moins. Tout le monde le croyait à Londres, même ses chefs et il achetait une canne à Paris ! Maintenant, comment se faisait-il que, pas une seconde, il n’en usa comme d’une canne trouvée autour de M. Darzac ! C’est bien simple ! C’est tellement simple que nous n’y avons pas pensé… Larsan l’avait achetée, après avoir été blessé légèrement à la main par la balle de Mlle Stangerson, uniquement pour avoir un maintien, pour avoir toujours la main refermée, pour n’être point tenté d’ouvrir la main et de montrer sa blessure intérieure ? Comprenez-vous ? … Voilà ce qu’il m’a dit, Larsan, et je me rappelle vous avoir répété souvent combien je trouvais bizarre « que sa main ne quittât pas cette canne ». À table, quand je dînais avec lui, il n’avait pas plutôt quitté cette canne qu’il s’emparait d’un couteau dont sa main droite ne se séparait plus. Tous ces détails me sont revenus quand mon idée se fût arrêtée sur Larsan, c’est-à-dire trop tard pour qu’ils me fussent d’un quelconque secours. C’est ainsi que, le soir où Larsan a simulé devant nous le sommeil, je me suis penché sur lui et, très habilement, j’ai pu voir, sans qu’il s’en doutât, dans sa main. Il ne s’y trouvait plus qu’une bande légère de taffetas qui dissimulait ce qui restait d’une blessure légère. Je constatai qu’il eût pu prétendre à ce moment que cette blessure lui avait été faite par toute autre chose qu’une balle de revolver. Tout de même, pour moi, à cette heure-là, c’était un nouveau signe extérieur qui entrait dans le cercle de mon raisonnement. La balle, m’a dit tout à l’heure Larsan, n’avait fait que lui effleurer la paume et avait déterminé une assez abondante hémorragie. « Si nous avions été plus perspicaces, au moment du mensonge de Larsan, et plus… dangereux… il est certain que celui-ci eût sorti, pour détourner les soupçons, l’histoire que nous avions imaginée pour lui, l’histoire de la découverte de la canne autour de Darzac ; mais les événements se sont tellement précipités que nous n’avons plus pensé à la canne ! Tout de même nous l’avons fort ennuyé, Larsan-Ballmeyer, sans que nous nous en doutions ! 
  – Mais, interrompis-je, s’il n’avait aucune intention, en achetant la canne, contre Darzac, pourquoi avait-il alors la silhouette Darzac ? Le pardessus mastic ? Le melon ? Etc. 
  – Parce qu’il arrivait du crime et qu’aussitôt le crime commis, il avait repris le déguisement Darzac qui l’a toujours accompagné dans son œuvre criminelle dans l’intention que vous savez ! « Mais déjà, vous pensez bien, sa main blessée l’ennuyait et il eut, en passant avenue de l’Opéra, l’idée d’acheter une canne, idée qu’il réalisa sur-le-champ ! … Il était huit heures ! Un homme, avec la silhouette Darzac, qui achète une canne que je trouve dans les mains de Larsan ! … Et moi, moi qui avais deviné que le drame avait déjà eu lieu à cette heure-là, qu’il venait d’avoir lieu, qui étais à peu près persuadé de l’innocence de Darzac je ne soupçonne pas Larsan ! … il y a des moments… 
  – Il y a des moments, fis-je, où les plus vastes intelligences…  
  Rouletabille me ferma la bouche… Et comme je l’interrogeais encore, je m’aperçus qu’il ne m’écoutait plus… Rouletabille dormait. J’eus toutes les peines du monde à le tirer de son sommeil quand nous arrivâmes à Paris. 

Demain ch. 29 et fin "Le mystère de Mlle Stangerson"